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Les coulisses du 9e art : La BD, ça s’apprend ?

Premier article d’une série destinée à vous dévoiler les coulisses du 9ème art par ceux qui le font : vous pourrez retrouver chaque mois, une présentation des métiers liées à la Bande Dessinée doublés d’interviews de professionnels.
Un épisode dédié aux écoles et cursus de BD pour démarrer. 

 

Comment apprend-on à raconter des histoires en BD ? 
« Pendant très longtemps, les auteurs de BD apprenaient leur métier dans des ateliers, où ils étaient l’assistant d’un autre auteur plus connu », explique Thierry Mary, responsable pédagogique de l’Iconograf, école de Bande Dessinée ouverte à Strasbourg il y a une quinzaine d’années. « À l’époque, il y avait beaucoup moins de sorties en librairies, et beaucoup plus de magazines. Puis de plus en plus de maisons d’édition se sont créées, les éditeurs indépendants sont arrivés… Et de plus en plus de gens ont voulu faire de la BD. Mais nulle part la narration n’était enseignée ! C’est pour cela qu’on a créé l’Iconograf : pour donner accès à un contenu pédagogique qui n’existait quasiment pas. Ici, on n’apprend pas à dessiner, mais à raconter des histoires. La narration est au centre. »

Même son de cloche chez Éric Derian, coordinateur pédagogique de l’Académie Brassart Delcourt, ouverte en 2014 à Paris. « On met vraiment un point d’honneur à former à la narration. On peut faire une très bonne BD avec des bonhommes bâtons, et une très mauvaise avec des dessins de Michel-Ange. »

 

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Des éditeurs en demande
Pour Éric Derian, face aux évolutions et à la complexification du marché de la BD, il devenait nécessaire de professionnaliser les auteurs. « Quand un éditeur travaille avec un jeune auteur qui n’est pas formé, il doit souvent assurer une part de formation après signature du contrat, et il n’a pas le temps de faire cela. » Le manque de formation des auteurs sur différents aspects entraînerait des déconvenues, des problèmes relationnels, des abandons de projets après signature du contrat… « Il y avait une attente, chez les éditeurs, d’avoir des personnes qui ont une meilleure appréhension du métier dès le début. »

Et une demande, chez les étudiants, d’un enseignement cadré plutôt qu’appris sur le tas. « Parfois, des gens déjà opérationnels techniquement postulent chez nous », remarque Éric Derian. « Ceux qui sont déjà prêts, on les refuse, cela n’aurait pas de sens. Mais on essaye de les aider autrement, en leur donnant justement les clés de compréhension du milieu de la BD actuel, qu’ils n’ont pas forcément. Au final, dans nos étudiants, il y a deux profils. Ceux qui ne savent pas faire, mais qui ont envie de, et réussissent, grâce à un dossier et à un entretien, à nous en convaincre. Et ceux qui arrivent avec un bon niveau en dessin, mais qui sont souvent autodidacte, et qui donc ont construit leur façon de dessiner sur de la triche, du maquillage, des stratégies d’évitement… Qu’il faut corriger. »

 

« Il y a deux profils. Ceux qui ne savent pas faire, mais qui ont envie de, et réussissent, à nous en convaincre.
Et ceux qui arrivent avec un bon niveau en dessin, mais qui ont construit leur façon de dessiner sur de la triche, du maquillage, des stratégies d’évitement… Qu’il faut corriger. 
»

 

Projets personnels et commandes
La plupart des écoles ont en commun de proposer une formation dans laquelle les notions de plaisir et de créativité sont importantes, et avec au final deux objectifs. Le premier : permettre aux étudiants de trouver leur style propre, afin qu’ils puissent créer des projets personnels. Le second : leur apprendre les savoir-faire qui leur permettront de travailler en professionnels, et de répondre à des commandes.

Au cours de leur formation, les étudiants apprendront donc le dessin, la composition, la narration, acquerront une culture générale du métier… mais aussi découvriront les aspects techniques, la conception de book professionnel ou la négociation de contrats. 

« Le but de la formation, c’est que les élèves sortent de chez nous avec un dossier professionnel et personnel », explique Éric Derian. « Qu’ils puissent développer leurs projets, et en même temps, parce qu’une carrière est faite de plein de choses, qu’ils sachent répondre à une commande. » Et surtout, qu’ils aient les clés pour durer dans le métier. « N’importe qui peut faire un album de BD. Par contre, en faire un second, ce n’est pas donné à tout le monde. »

 

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Un métier qui évolue encore
Les temps ne sont en effet pas faciles pour les auteurs de BD, concède Thierry Mary. « Le système actuel de la BD est un peu fatigué ; tout le monde se plaint, les auteurs gagnent peu, les éditeurs n’arrivent pas à renouveler leur lectorat… Notre travail, c’est d’accompagner cette évolution, d’anticiper les choses. C’est pour cela qu’on veut des gens motivés. On s’assure qu’ils sont conscients de la réalité des choses, au-delà des fantasmes, et qu’ils sont prêts à explorer toutes les voies possibles, y compris hors du système traditionnel de l’édition. »

Système traditionnel qu’Éric Derian, lui, ne veut pas enterrer trop vite. « Crever la dalle en tant qu’auteur de BD n’est pas une fatalité. Mais ça le devient si on commence mal. Savoir bien démarrer, bien présenter un projet, ne pas avoir peur de la négociation avec un éditeur pour ne pas s’enferrer dans une relation déséquilibrée… Ça s’apprend ! »

 

 

 

Dossiers – les coulisses du 9e art

Ép.1 : La BD, ça s’apprend ?
Ép.2 : Les maisons d’auteurs (à venir)
Ép.3 : Les ateliers (à venir)
Ép.4 : Auteur de BD : portrait robot (à venir)
Ép.5 : Auteur de BD : scénariste  (à venir)
Ép.6 : Auteur de BD : dessinateur (à venir)

 

Illustration principale : extraite d’Astérix et la Rentrée Gauloise  ©Editions Albert René / Goscinny/Uderzo

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