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Les sorties d’avril 2018 en 10 essentiels

🔮 Gros plan sur les albums qu’il ne fallait pas manquer au mois d’avril dernier. On a lu une grande partie des nouveautés BD, comics et manga et on vous propose les 10 essentiels.
Au sommaire d’avril (l’ordre suit la chronologie des sorties) :
#BD Le Dernier voyage de L’Amok, Les aventures de Théodore Poussin T13 de Frank Le Gall, Dupuis
#Comics Infinity war de Jim Starlin & Ron Lim, Panini comics
#Manga Atomic(s)trip de Atsushi Kaneko, Pika
#Comics Black Hammer T2 de Jeff Lemire, Dean Ormston & Stewart, Urban Comics
#BD Animal Lecteur T7 de Libon & Sergio Salma, Dupuis
#Comics Strangers in Paradise intégrale T3 de Terry Moore, Delcourt
#Manga Blue de Kiriko Nananan, Casterman
#Comics Avengers d’Allan Heinberg & Jim Cheung, Panini comics
#BD Imbattable T2 de Pascal Jousselin, Dupuis
#Manga À l’intérieur des Yokaï de Shigeru Mizuki, Cornélius

Ce sont bien sûr des suggestions, n’hésitez pas à compléter ces propositions avec d’autres albums que vous avez lus et aimés ce mois-ci.

📚#BD
Le Dernier voyage de L’Amok, Les aventures de Théodore Poussin T13 de Frank Le Gall, Dupuis

Le capitaine Poussin revient pour une ultime (pas si sûr) aventure après dix ans d’absence. Si vous aviez loupé les épisodes précédents, voici de quoi vous rattraper (extraits et coup de cœur).
Ce nouvel épisode tient compte de ce décalage temporel, où les lecteurs ont perdu de vue leur personnage préféré. Théodore Poussin a lui aussi perdu un peu le fil : il s’est perdu lui-même. Usé, dépossédé de ses biens, Théodore rumine dans un tripot en compagnie du fidèle Novembre et on découvre que les héros aussi peuvent avoir une fin peu glorieuse… Mais c’est sans compter l’appel de l’aventure. Il va trouver un nouveau navire puis reprendre la mer pour sa dernière bataille. Fini de se laisser faire, le personnage contraste avec le jeune Théodore que l’on avait rencontré dans le premier épisode. On sent le danger & la brutalité des hommes perdus dans ses paradis éloignés de toute civilisation, la noirceur s’infiltre derrière les lunettes rondes du marin aux mille secrets.
Assez rare ces dernières années, Frank Le Gall est un dessinateur passionnant dans  son approche du dessin. À la fois proche de la ligne claire, son style tend vers le réalisme à chaque nouvel opus.  Et ce nouveau volume est encore plus réussi, fort de ce trait hypnotique l’auteur joue avec ses personnages et les fait évoluer graphiquement autant qu’intellectuellement. Si le dessin est sublime, les dialogues qui les accompagnent ne le sont pas moins. Très poétiques & enchanteurs, on sent que Frank Le Gall n’a rien perdu de sa patte si unique en bande dessinée.

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🗽#Comics
Infinity war de Jim Starlin & Ron Lim, Panini comics

Réédition des grands classiques de Jim Starlin à l’occasion de la sortie du blockbuster Infinity war au cinéma.
Nous avons consacré un dossier spécial ici. Je suis Thanos fait aussi parti des belles sorties d’avril.
Après le Gant de l’infini qui inaugure cet univers mystique au sein de l’écurie Marvel, l’auteur Jim Starlin à creusé une piste métaphysique en utilisant les personnages classiques (et ce, dans le sillon de Jack Kirby & Steve Ditko qui avaient ouvert la voie). Sa vision des super-héros les sort du « quotidien héroïque » habituel et les pousse dans une série de combats qui ne se résoudront que par l’esprit. Malgré le casting toujours de haut vol, peu de personnages arrivent à la cheville des super-vilains et comme dans tous les comics de Starlin, c’est Thanos qui se taille la part du lion. Galactus, Wolverine ou Cap’ (et on ne parle même pas des autres…) personne ne rivalise avec le Titan qui est à la fois l’un des méchants les plus puissants, mais aussi les plus malins -peu peuvent en dire autant.
Ron Lim signe la partie graphique de cette nouvelle quête, il était déjà aux crayons d’une partie du Gant de l’infini aux côtés de George Pérez. Un peu moins virtuose que Pérez dans les scènes de foules ou les batailles cosmiques, il fait le job et on est assez vite embarqué dans cette histoire improbable.
Réservé aux lecteurs du Gant de l’infini qui aimeraient prolonger l’expérience, aux fans de Starlin bien sûr, mais aussi aux curieux de super-héros qui ne sont pas surpuissants, je conseille ce volume (et le suivant La Croisade de l’Infini).

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👺#Manga
Atomic(s)trip de Atsushi Kaneko, Pika

La nouvelle mouture de Pika Graphic est vraiment stimulante. Après la réédition de Dragon Head, et le Tayô Matsumoto (sur lequel on s’arrêtera le mois prochain) voici un étrange et beau recueil d’histoires courtes signées par Atsushi Kaneko.
Nous avions parlé en détail de son chef d’œuvre Wet Moon, ici, un peu moins de Soil qui était aussi une grande réussite, mais cette fois ce sont des histoires de jeunesse, des premiers travaux qui prennent place dans cette anthologie. Plus proches de Bambi, sa première grande série, ces micro-fictions déjantées mettent en place une série d’univers à la limite de l’absurde et du grotesque. Ces histoires tendent toutes vers la destruction, le nihilisme ou l’humour noir. Souvent déstructurées, ces courtes fictions sont autant de pépites graphiques où le dessinateur explore les possibilités du médium et détourne les codes habituels du manga.
La bicromie, les effets 3D, les alternances de pleines pages et de cadrages hyper serrés donnent à ce recueil des allures d’OVNI. Grand connaisseur du comics américain et de la bande dessinée européenne, ses influences sont nombreuses et transpirent dans ce medley survolté.
L’album s’ouvre sur une série de « Tattoo girls », proposant des histoires improvisées autour d’un tatouage, de son histoire ou de sa propriétaire. Envolées lyriques, songes d’un instant ou anecdotes qui auraient pu être réelles on plonge dans un moment burlesque. Puis on passe aux contes barjos qui dynamitent les attentes et les habitudes du lecteur avec beaucoup de plaisir. Des histoires courtes sous forme de fuites en avant qui disent beaucoup de notre monde en partant d’idées loufoques. Pour les fans du plus occidental des mangakas contemporains ou les curieux de la culture pop.

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🗽#Comics
Black Hammer T2 de Jeff Lemire, Dean Ormston & Stewart, Urban Comics

Deuxième livraison du feuilleton le plus excitant de ces dernières années, Black Hammer continue de dévoiler ses secrets dans ce nouveau volume. Le toujours très étonnant Jeff Lemire se fait plaisir en proposant des récits de super-héros sous un angle très différent de la production actuelle. Histoires de familles et de filiations au premier plan de ce récit (et de ses créations en général) ses personnages semblent appréhender leurs pouvoirs comme une malédiction plus qu’un don. Chaque héros essaie, à sa manière, d’échapper à son destin. Mais pour leur plus grand malheur, ce groupe de héros reste coincé dans une réalité alternative qui leur propose une vie dans une petite ville du Midwest, au cœur de l’Amérique rurale.
Dean Ormston a un don, et un gout pour les créatures et les mondes horrifiques et son trait tire le récit tout entier dans ce sens. Il donne un souffle ésotérique et inquiétant à cette histoire de super-héros qui n’utilisent pas leurs pouvoirs, ce récit de justiciers qui ne font rien, cette fable de prisonniers qui ne cherchent pas à s’enfuir…
Les auteurs déploient ici un univers complet à la manière de Hellboy ! Les inventions et les enjeux sont de la même trempe, ils nous proposent un univers complexe et cohérent qui sera bientôt complété par des spin-off et des séries annexes. L’enquête continue, mais le mystère prend de l’ampleur au fil de la lecture. On comprend mieux comment nos héros sont arrivés là, mais toujours pas comment ni pourquoi. Un traitre fait son apparition, un allié aussi, l’équilibre des forces n’est pas simple pour le dernier rempart de l’humanité en exil dans le trou du cul du monde.

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📚#BD
Animal Lecteur T7 de Libon & Sergio Salma, Dupuis

« On ferme ! » Dernier volume, dernière ouverture de BD Boutik la librairie la plus connue ou presque des amateurs de bande dessinée. Les lecteurs du Journal de Spirou avaient le droit à leur gag chaque semaine, mettant en scène un libraire et ses clients. Pour les autres, il fallait attendre ces recueils allongés. Une occasion pour les auteurs de parler de tout ce qui touche à la bande dessinée et son commerce sans complexe, sans tabou et avec beaucoup de justesse derrière un sens de l’humour acéré. Beaucoup de situations à peine exagérées dans les relations étranges avec ses clients, la surproduction, la manutention, les éternels retours, la politique éditoriale des éditeurs vis-à-vis de leurs licences et leurs patrimoines, la concurrence. Certains volumes s’attachaient aux auteurs, aux jeunes et aux vieux, aux prix et à Angoulême, aux éditeurs et aux équipes… En filigrane c’est toute une industrie qui est passée au crible, avec jeux de mots, chutes improbables et running gags bien entendu, mais avec un regard franc et lucide sur cet écosystème si atypique. Il n’y a pas que le rire, la série invite à la réflexion et offre un bel hommage à ceux qui ont fait l’histoire de ce riche médium.
Réinterprétations délirantes et trognes d’andouilles, Libon a donné une âme particulière à cette série dont les dessins se reconnaissent entre tous. À la fois épuré, mais bourré de détail, impossible de résister à ses dessins décapants. La série s’arrête faute de lecteurs, les ventes ne poussent pas l’éditeur à continuer l’aventure aussi les auteurs font un dernier baroud d’honneur en mettant en scène cette situation dans certains des derniers gags. Une manière de boucler la boucle, de remercier les fidèles ou de montrer la réalité de cet univers magique qui reste aussi une industrie.

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🗽#Comics
Strangers in Paradise intégrale T3 de Terry Moore, Delcourt

Ultime volume de l’intégrale de cette série incontournable des comics indés. Ce vaudeville réussi, entre polar et soap opéra, a tenu presque quinze ans ses lecteurs autour d’un trio amoureux et plus particulièrement son héroïne Katchoo.
La force de ce comics est d’avoir su proposer une histoire très ancrée dans le réel et les préoccupations de société pour de jeunes adultes tout en laissant une place énorme à la créativité. Une couche apparente de normalité qui recouvre une recherche graphique et narrative réussie. Le découpage, les récitatifs, la mise en scène ou les dessins évoluent tout au long des pages et proposent des épisodes expérimentaux comme on peut en retrouver dans Sandman (Terry Moore convoque des références bien précises dans ses planches, de Frank Miller à  Dave Sim ou Alan Moore) ou encore des pastiches réussis de Superman et j’en passe.
Ce qui est assez exceptionnel, en plus des qualités du scénario, c’est cette facilité à proposer des nouvelles approches graphiques ou narratives sans perdre son lecteur. À aucun moment, on ne décroche ou on est perdu dans ce récit-fleuve qui change de style tous les chapitres ou presque. Idem pour la chronologie qui joue d’avant en arrière régulièrement avant d’avancer d’un coup et de voir vieillir les personnages.
Cette troisième conclut la série, donc il vous faut lire les précédents, mais cela vaut le détour, plus de 2 000 pages de bande dessinée qui raconte la vie de ce qui devient de vieux amis.

 

 

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👺#Manga
Blue de Kiriko Nananan, Casterman

La réédition de cette pépite nous donne l’occasion de faire un focus sur Kiriko Nananan et son travail. Tous ces livres évoquent l’amour, l’amitié et ces moments éphémères qui conditionnent toute une vie. Avec beaucoup de finesse, elle propose une série de fictions sur le quotidien et les relations humaines qui balaye clichés et subterfuges pour ne garder que l’essentiel. Blue raconte une histoire d’amour adolescente entre deux jeunes filles qui vont devenir amies puis amantes dans un moment charnière de leur vie. Un moment à la fois mélancolique et plein de promesses, une échappée hors du monde pour les deux héroïnes.
Jouant sur les cadrages, le découpage met en avant les détails et empêche le lecteur d’avoir une vision d’ensemble. Le style de Kiriko Nananan nous renvoie à la perception de nos émotions en exagérant certains moments courts ou en éclipsant plusieurs parties du décor, des corps : elle travaille chaque case comme un tableau unique, les imbriquant ensemble pour construire son histoire. Son trait fin, presque suggéré nous invite à nous projeter et à recomposer le puzzle avec ses souvenirs. Ce travail sur la perception est particulièrement souligné au cœur du livre avec une scène incroyable d’inversion des personnages, de sorte que le lecteur en ressort aussi troublé que nos héroïnes. La mangaka à conçu son histoire de sorte que les lecteurs soient obligés de relire plusieurs fois l’ensemble pour tout saisir, comme un souvenir que l’on ressasse encore et encore.
Cet album est à la fois son chef-d’œuvre et la porte d’entrée parfaite dans son univers.

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🗽#Comics
Avengers d’Allan Heinberg & Jim Cheung, Panini comics

Intégrale augmentée des épisodes de Young Avengers d’Allan Heinberg qui a donné une suite inattendue et réussie à House of M. Si le prologue est un peu gentillet, ce run est très réussi : partant sur de nouveaux personnages, des jeunes qui se déguisent en Avengers pour suivre les traces de leurs héros, la saga anecdotique va peu à peu proposer un arc solide à la suite des grands cross-overs Marvel. Après un récit de formation et la constitution de cette équipe nouvelle où l’humour et les hommages de bon goût pullulent, on passe à la Croisade des enfants, le cœur de l’intrigue où nos Young Avengers partent à la recherche de Wanda, la Sorcière rouge qui a privé une grande partie des mutants de leurs pouvoirs. Une quête bien menée dans la continuité qui se permet de réunir pas mal de héros, des Vengeurs aux X-Mens en passant par Jessica Jones ou Captain Marvel, sans artifices.
Jim Cheung assure la création graphique des looks de ces nouveaux héros, entre hommage aux anciens et propositions nouvelles, mais aussi de mettre en scène les personnages les plus connus de l’univers Marvel avec sa patte. Avec beaucoup de talent, il alterne les scènes de dialogue et les batailles rangées sans que les corps ne soient figés et excelle dans les doubles pages très graphiques qui offrent des respirations dans ces planches où tout va très vite.
Les auteurs en profitent pour insérer pas mal de diversité dans le monde Marvel, assez naturellement sans qu’on sente d’effet quota, et cela contribue à faire de cette saga une réussite. Pour les fans Marvel, c’est un beau jeu de pistes pour rassembler tous les clins d’œil et poursuivre les grandes heures des Avengers. Pour ceux qui voudraient s’y mettre, c’est une belle introduction qui ne nécessite pas de pré-requis particulier (c’est écrit de manière à expliciter les passages qui font référence au passé) et qui vous donnera envie de creuser pour comprendre toutes les implications.

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📚#BD
Imbattable T2 de Pascal Jousselin, Dupuis

Ah le héros favori du moment sur les réseaux sociaux et dans les librairies. En quelques gags et un premier album, Pascal Jousselin a installé un personnage incroyable.
On en parle plus en détail, avec des extraits ici. 
Il est le PREMIER super-héros de bande dessinée. En réalité, il est le premier qui utilise les codes de la bande dessinée à son propre compte (et ses adversaires, alliés aussi),  son pouvoir réside dans cette capacité à utiliser les cases, les bulles, les gouttières et tout ce qui est propre à ce médium. Un pouvoir qui ne peut pas marcher en dehors d’une bande dessinée…
L’univers urbain, quotidien de notre héros masqué qui passe son temps au marché, chez sa grand-mère ou a étendre son linge contraste avec les responsabilités héroïques de l’homme en jaune.
Avec son trait « classique » proche de la ligne Marcinelle et de l’âge d’or du Journal de Spirou, le dessinateur à également opté pour un gaufrier simple (la planche à 6 cases régulières, avec quelques variations à l’intérieur de cette grille, qui est devenue le standard de la BD franco-belge) afin de donner plus de force aux gags et à cette utilisation atypique, par le personnage, de l’espace.
Soyez des lecteurs iconiques, lisez Imbattable.

 

 

 

 

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👺#Manga
À l’intérieur des Yokaï de Shigeru Mizuki, Cornélius

Le dernier livre de cette sélection est un beau livre. Les éditions Cornélius continuent de mettre en avant les œuvres de Shigeru Mizuki et cet album de planches anatomiques de yokaï coïncide avec la grande exposition ENFERS ET FANTÔMES D’ASIE au musée du Quai Branly à Paris.
L’auteur de NonNonBâ (indispensable chef d’œuvre dont vous pouvez avoir un aperçu ici) à travailler une grande partie de sa vie sur le folklore japonais et plus particulièrement sur les yokaï. Difficile à traduire sans périphrase, ce mot désigne à la fois les fantômes, les esprits et les monstres -bons ou mauvais- qui peuplent les campagnes et les villes japonaises. Le mangaka a été l’un des principaux artisans de leur remise au goût du jour en créant des dictionnaires, des planches comme celles présentées ici et surtout ses fictions, NonNonBâ bien sûr, mais surtout la série Kitaro qui met en scène toutes ces créatures (mais aussi celles de l’imaginaire occidental) dans une ballade sans fin au cœur des forêts de l’archipel. Ultra populaire au Japon, ce personnage qui concilie les deux mondes, celui des fantômes et des vivants, est le héros de plusieurs séries animées, de revues, d’un musée…
Les dessins sont sublimes, enchanteurs et nous laissent rêveurs. Chaque monstre invite au voyage et les textes les situent sur une carte et une époque que l’on aimerait visiter. L’humour s’infiltre dans les détails et les commentaires derrière cette présentation scientifique ; et il ressort de l’ensemble un univers joyeux et tendre à l’image de ses mangas.

 

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Les archives de mars,  février, janvier, les sorties spéciales Angoulême en 2018, mais aussi décembre, novembre, d’octobre 2017, sont disponibles si vous voulez allez plus loin.

Et vous, quels sont vos coup de cœur d’avril ?
Venez en discuter sur le groupe.

Illustration principale : Frank Le Gall, Dupuis

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