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Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier

« Vous faites vraiment partie de l’armée ? » 

Comme les saisons, le western en bande dessinée est un genre qui passe de mode et revient dans les vitrines des librairies tous les ans ou presque. Mais certains sont impérissable tel Blueberry la saga épique et humaniste de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier. Pour la première fois, la bande dessinée s’attaquait aux cow-boys et aux indiens mais d’un point de vue antimilitariste, revenant sur les génocides indiens et l’aspect colonisateur des colons américains. Mike Blueberry, soldat par défaut n’aime pas tellement ses camarades tuniques bleues ni les décisions de Washington. Si le personnage à la gueule de Belmondo nous plait tant c’est qu’il combine l’héroïsme et l’irrévérence, la fougue et l’indifférence.

Autre particularité de cette série qui va s’imposer comme la référence, jamais égalée, est sa construction scénaristique sur plusieurs albums. Le premier cycle s’achève au bout de cinq albums alors que le standard est plutôt l’histoire courte de quelques pages et surtout Charlier explore une possibilité jamais testée en BD : faire vieillir son personnage au fil de ses aventures. Jusque-là, les héros étaient prisonniers d’un temps figé, à la fin de chaque aventure/épisode/quête ils revenaient plus ou moins au point de départ. Blueberry subit la violence de son époque, des combats, la marque du temps et de l’alcool et ses décisions entrainent des changements irrémédiables. C’est probablement un des secrets de longévité de la série.

L’autre raison, qui n’est pas un secret, est le somptueux dessin de Giraud qui a évolué tout au long de la saga et qui a révélé l’un des plus grands dessinateurs de l’histoire du 9e art. Dans les pas de son maitre Jijé, le jeune dessinateur va chercher son style, passant d’un réalisme gratté, dur à un dessin plus souple et rond tandis qu’il explore de nouvelles techniques sous le pseudonyme de Moebius. Dessin anatomique et décors incroyables de réalisme dans Blueberry avec en parallèle le trait rond, hachuré et hésitant dans Arzak, L’incal qui laisse libre court au dessin automatique, sans lunettes ou sous l’emprise de psychotropes. Deux dessinateurs distincts se mettent à coexister, avec deux univers radicalement différents mais pas hermétiques.

La reprise par Giraud seul après la mort de Charlier ainsi que les spin-off ont encore élargi les possibilités et la manière d’aborder la série, et sous couvert de son apparent classicisme elle est une des plus modernes de la bande dessinée franco-belge. Dargaud réédite sous forme d’intégrales avec dossier (et bonus) tous les albums de la sage, une bonne occasion de rejoindre l’équipée sauvage.

 

Blueberry de Jean Giraud et Jean-Michel Charlier, Dargaud, 2012 (pour l’intégrale)
+ 6 albums intégrale à ajouter à votre BDthèque (Série en cours –intégrale en 9 volumes)
+3 Marshall Blueberry,
+22 la Jeunesse de Blueberry,

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Images extraites de l’album © Jean Giraud/Michel Charlier/Dargaud

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