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L’île panorama de Suehiro Maruo

Son travail surprend, dérange et fascine : vous avez peut être reconnu Suehiro Maruo, le maitre incontesté de l’horreur, du grotesque érotique et du glauque. Impossible de ne pas être tombé sur ses noirs chefs d’œuvres tels que La Chenille ou La Jeune fille aux camélias si vous parcourez les sections seinen de vos librairies. Derrière le trait enchanteur et sans défaut du mangaka se cache un monde d’horreur et de choses indicibles, que la bande dessinée magnifie. Avec L’île panorama l’auteur adapte un conte de l’écrivain japonais Edogawa Rampo –instigateur du roman noir au japon, écrivain, journaliste et spécialiste de l’œuvre d’Edgar Allan Poe– qui imagine une histoire de double, de substitution qui conduit à la folie.

Un riche entrepreneur décède prématurément et un camarade de promo qui lui ressemble un peu trop décide de prendre sa place et d’utiliser la fortune de son « ami » pour réaliser son rêve : construire un parc d’attractions romantique et décadent sur une île déserte. Bien évidemment, la ressemblance physique ne fait pas tout et les proches de son alter ego peuvent à tout moment découvrir la supercherie…mais le meurtre peut résoudre (temporairement) bien des choses.

L’Ero guro, l’érotique macabre et grotesque, démarre un peu avant-guerre avec les premières traductions en japonais du Marquis de Sade, de Baudelaire, de Poe mais c’est vraiment avec le travail de Suehiro Maruo qu’il va trouver un écho international. Ce livre n’est pas le plus gore, ni le plus scabreux mais il incarne parfaitement ce courant artistique entre la beauté et la mort, où une forme de poésie se mêle à la trivialité la plus horrible.

« — Nous entrons dans l’ère du divertissement et de la consommation. Tu n’es pas d’accord ?
– …
– La crise économique, je vais la faire disparaître ! »

Les deux auteurs prolongent une tradition du conte macabre, avec son mélange d’attirance répulsion qui en fait toute la beauté. Et tout le talent de Maruo Suehiro est là, dans sa manière de traiter ces histoires. Son découpage saccadé entrecroisé de pleines pages reprenant des motifs de l’œuvre laissant place à la rêverie –ou au cauchemar. Son dessin chirurgical et baroque sert admirablement son propos, nous offrant des visages en proie à l’angoisse et la peur dans des ambiances proches de l’intemporalité de l’estampe. Un art qui fait réfléchir et réagir.

Un voyage inquiétant et fascinant dans l’imaginaire macabre et poétique de deux grands auteurs, une rencontre avec Kogoro Akechi, le détective héros d’une vingtaine de romans de Ranpo, une belle porte d’entrée dans l’univers du dessinateur : L’île panorama laisse un souvenir durable dans l’esprit de son lecteur.

« Vous comprenez, mon cerveau est à moitié mort »

L’île panorama de Suehiro Maruo adapté du roman d’Edogawa Ranpo, éditions Casterman, 2010
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À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album © Suehiro Maruo /Edogawa Ranpo /Casterman

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