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Chiisakobé de Minetarô Mochizuki

Parfois, sur les tables des librairies, apparaît un livre qui nous attire mystérieusement. Un type de coup de foudre esthétique qui nous fait toucher, feuilleter, l’acheter avant même d’avoir des informations sur ce titre ou son auteur. C’est ce qui m’est arrivé avec Chiisakobé de Minetarô Mochizuki, un manga atypique de la part de l’auteur de séries plus classiques comme Dragonhead et Maiwai que j’avais pu lire plus jeune mais là, dépaysement total.

Ce manga en quatre volumes est l’adaptation d’une nouvelle de Yamamoto Shûgorô datant de 1957, un récit qui se déroule dans l’ère Edo (1603–1868) que le manga-ka a transposé dans un Japon contemporain. Contemplatif dans son dessin et dans la manière de raconter, ce manga dresse un portrait du Japon avec ses codes, son sens du devoir qui dépasse sa propre vie et ce respect extrême de l’ordre établi qui ne semble pas avoir bougé depuis Edo. Tout en subtilité, le découpage s’attarde sur le non-dit, sur la pudeur à travers un travail admirable de dessin et de cadrages sur le corps, sur les expressions des personnages. L’émotion et les enjeux s’insinuent dans les incompréhensions, entre les cases et prend le pas sur l’apparente passivité du récit. Car si tout semble figé dans une extrême mise en scène dans la place des corps, la disposition des objets et la construction des planches (qui semblent sorties de l’encyclopédie de Diderot et D’Alembert par le soin du détail et de la représentation) il s’en dégage une énergie intense dans le jeu des relations.

– “Hi hi… En fait, peut-être qu’on se ressemble, toi et moi… Je viens de sentir le côté obscur qui se cache dans les tréfonds de ton cœur.
– Je n’ai pas de côté obscur ! Allez va suivre le cours toi aussi. Je vous apporterai les macarons.”

Une métaphore théâtrale, revendiquée par l’auteur, tant les personnages semblent incarner des archétypes classiques revisités avec un côté pop assez surprenant, dans cette tragi-comédie du quotidien. Aussi les personnages personnifient des postures ou des masques : le visage de l’un des protagonistes principaux cache intégralement son visage sous un masque de barbe et de cheveux (dont on ne distingue même pas les yeux) établi ainsi un fort contraste avec l’héroïne dont les gros plans permanents semblent tout dévoiler.

Plus proche de la ligne claire européenne et du découpage propre au cinéma, le trait de Mochizuki vibre sous cette apparente froideur et ce conte moderne nous enchante et nous surprend. Suivez les aventures quotidiennes de Ritsu et de ses cinq orphelins autour de Shigeji jeune entrepreneur au passé mystérieux.

Chiisakobé T1 de Minetarô Mochizuki, édition Le Lezard Noir, 2015
+3 albums à ajouter à votre BDthèque (série terminée, le 4e volume est à paraître cette année)

À noter que Chiisakobé vient de remporter hier, jeudi 7 juillet, le Prix Asie ACBD 2016, remis à la Japan Expo.

N’hésitez pas à partager vos coups de coeur sur le groupe ou à me poser des questions sur Twitter si vous voulez en savoir plus.
À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album © Minetarô Mochizuki / Le Lezard Noir

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