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Swamp Thing de Len Wein & Bernie Wrightson, Alan Moore & Co, Urban Comics

Régulièrement réédités, régulièrement épuisés, les fans attendaient depuis longtemps une édition définitive de ce comics culte. Un titre qui démarre au début des années 1970 par une histoire d’horreur assez courte, dans la veine de celles de Poe ou Lovecraft dont Richard Corben (Lire le coup de cœur) qui démarre son travail à la même époque se fera l’un des grands continuateurs de l’œuvre. Un succès immédiat loin devant les champions habituels Batman, Superman & Cie, suivi d’une série régulière l’année d’après : le phénomène Swamp Thing était lancé.

Derrière cette créature, deux jeunes auteurs encore inconnus. Un scénariste qui sera le créateur de Wolverine, qui sauva les X-Men des limbes pour en faire la série star de Marvel et supervisera éditorialement le Watchmen d’Alan Moore & Dave Gibbons une fois de retour chez DC. Aux côtés d’un dessinateur autodidacte devenu la grande figure du gothique et du dessin d’épouvante, dont on vous conseille la mise en image de Frankenstein ou son run sombre sur Batman : Le Culte avec Jim Starlin (le créateur de Thanos).

Cette chose tapie dans l’ombre

Scientifique victime d’une explosion aux produits chimiques, qui doit son salut à un plongeon dans les marais de Louisiane, où son ADN va se recombiner avec celle de la biodiversité. La chose du marais, The Swamp Thing, va hanter les lieux de l’accident et se faire une réputation. Créature à la force surhumaine, insensible à la douleur et quasi invulnérable dans son environnement, elle va évoluer au fil des années pour acquérir un statut de héros un peu à part. Tantôt proche des intrigues de Spider-Man et l’Homme Lézard, tantôt proche des comptes gothiques, le titre va osciller entre le récit de super-héros et le merveilleux. Loups-garous, sorcières, extra-terrestres ou encore une bagarre avec Batman, les auteurs essaient plusieurs pistes en suivant un fil rouge, la quête de l’assassin de sa femme et la protection de ses amis. La série s’arrête au bout de dix numéros, passe un peu aux oubliettes et reprend presque dix ans plus tard grâce au film de Wes Craven en 1982 (Je viens de revoir la bande-annonce en préparant cet article et ça a très mal vieilli, j’en avais un bon souvenir, mais ça doit être irregardable aujourd’hui. Il y a eu plusieurs suites, mais à ranger du côté nanars, on attend de voir la version contemporaine en série prévue pour cette année.).

Le trait de Wrightson est virtuose, sa maîtrise du noir & blanc et son sens du détail a donné corps à une mythologie puissante en quelques pages. L’encrage parfait et anguleux donne une atmosphère glauque en restant esthétique, un rendu organique et débordant de détail qui reste extrêmement lisible. Artiste assez à part dans l’industrie du comics, ses (rares) planches sont assez recherchées dans les cadrages et la mise en scène.

L’intégrale est complétée par le dernier script de Len Wein illustré par Kelley Jones, ainsi qu’une histoire hommage par Tom King & Jason Fabok qui donnent un côté mélancolique, beau et sans fin à ce recueil.

Les héros ne Moore jamais

Après ce retour en force, la série repart sous les plumes de Martin Pasko & Tom Yeates puis passent la main à un petit nouveau, un jeune scénariste britannique exigeant Alan Moore. Ce sera lui en 1984, aidé par les dessinateurs Stephen Bissette avec John Totleben à l’encrage (mais aussi Dan Day, Shawn McManus, Rick Veitch et Ron Randall) qui donnera sa véritable stature à la créature.

Pour cette première grande série, le scénariste met déjà en place plusieurs thèmes et techniques d’écriture qui feront ses grands succès suivants. En 1982, il venait d’entamer V pour Vendetta avec David Lloyd, et attaquera Watchmen (Lire le coup de cœur) avec Dave Gibbons en 1986.

Avec l’accord de Wein, il change de parti pris et introduit l’idée que Swamp Thing est une créature végétale possédant les souvenirs d’un homme, Alec Holland, et entame une réflexion sur sa nature plus que les conséquences d’un accident. Une quête de soi, entrecoupée d’une traque pour échapper aux scientifiques, Moore renverse la donne en quelques épisodes. Réflexion sur le langage & l’identité, passages très littéraires et citations insérées. Jeux d’oppositions entre sa vie intérieure riche et son aspect repoussant, entre ses souvenirs et ses désirs, ou entre la nature et l’écologie face à la science et l’industrie…

La série devient plus poétique & mystique et quitte les scientifiques fous de séries B. ou les intrigues tirées par les cheveux des numéros précédents pour un vrai comics fantastique, gothique & onirique. Mais également politique & sociétal, un sous-texte indissociable de toutes ses productions futures.

Si Stephen Bissette ne s’éloigne pas trop du style de ses prédécesseurs, il installe une dimension supplémentaire à l’œuvre en travaillant son trait à la manière des gravures de Gustave Doré, des illustrations d’Arthur Rackham ou des peintures de John Everett Millais. Un héritage graphique qui lui permet d’accompagner la prose onirique de Moore, un choix accompagné par la mise en couleur de Tajana Wood qui évoque également ces références sur les indications des auteurs.

On peut aussi noter pour les fans du sorcier anglais, que c’est dans ces pages qu’apparaît John Constantine, qui aura le droit à sa propre série peu de temps après en 1988 : Hellblazer, où on découvre ses capacités pour l’occulte et son charisme inné. Un maître de l’occulte qui va aider la créature à avancer dans sa quête. Première intégrale du passage de Moore pour 3 ans de “Swampy”, qu’il connecte à la Nature bien avant Avatar et qu’il extrait de sa condition de feuilleton pour en faire une œuvre à part.

Deux belles sorties à lire absolument : que ce soit l’intégrale Swamp Thing de Len Wein & Bernie Wrightson ou les intégrales Alan Moore Présente Swamp Thing dont le T1 vient de sortir.

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Ce qu’il ne fallait pas manquer en juin 2019

Illustration principale & images extraites des albums

© Len Wein & Bernie Wrightson, Alan Moore/Stephen Bissette/Urban Comics/ DC Comics

Extrait en VO pour ne pas vous faire spoiler
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