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Mafalda par Quino

En 2014, Mafalda –l’un des personnages les plus surprenants de la bande-dessinée- fêtait ses cinquante ans. Cette célébration s’est matérialisée en France par une grande exposition au Festival d’Angoulême et une salve de sorties en libraire : plusieurs ouvrages de philo pour les jeunes, illustrés par des extraits de la série et surtout une intégrale en seul volume étayée de bonus.

Interviews, strips et illustrations inédites, articles et commentaires par des invités prestigieux ; cette édition propose une joyeuse relecture de l’œuvre et un état des lieux sur l’impact qu’a eu cette BD. Quant à savoir pourquoi je vous en reparle aujourd’hui ? Devant la folie des news médias et des réseaux sociaux, lire quelques strips de Quino chaque semaine devrait être indispensable. Un moment de plaisir qui sauve parfois une journée.

Alors attention, on parle de six cents pages de strips et d’inédits. Un livre hybride entre intégrale et monographie, plein de témoignages et de dédicaces, de Julio Cortázar, Umberto Eco, Gabriel García Márquez et bien d’autres. On y trouve aussi le témoignage de son éditeur sur la genèse du projet, des reproductions d’illustrations, des dessins et des affiches, réalisées en marge de la bande-destinée aux journaux. Et une interview très réussie du personnage.

L’héroïne argentine accompagnée de ses camarades Manolito, Susanita, Felipe, Miguelito, et son frère Guille mène la vie dure à leurs parents et leurs voisins. Du haut de ses quelques années, elle surprend par le regard qu’elle porte sur la société et sur le monde. En désaccord avec tout son entourage, elle refuse d’accepter son sort, elle qui vit dans une famille de la classe moyenne argentine et reste incomprise de ses proches. Publiés entre 1964 et 1973 ces strips prennent souvent une tournure politique autour des grandes questions d’actualité et encourage l’esprit critique chez ses lecteurs.

« -À quoi jouez-vous les enfants ?
-AU GOUVERNEMENT
-Vous ne faîtes pas de bêtises, hein ?
-T’inquiète pas, on ne va absolument RIEN faire. »

Le style iconique de Quino est élégant, aérien, et surtout inimitable, irremplaçable. Avec une économie liée à la forme, une absence de décors s’ils ne servent pas le propos et des personnages omniprésents, simplifiés au maximum : les strips de l’Argentin sont un condensé d’humour et de réflexion qui fonctionnent aussi bien de manière autonome que dans l’ensemble. Comme pour matérialiser le sujet principal de l’œuvre: ses semblables, le dessinateur ne distingue ses héros que par un trait ou un accessoire pour mieux nous aider à nous identifier. Et ce procédé est encore plus fort dans les dessins de presse, des dessins d’humour qu’il a réalisé en marge de cette série et qu’il a continué après la fin de Mafalda.

Volontairement plus incisifs, ses illustrations et « cartoons » croquent notre société, nos travers et nos faiblesses avec beaucoup de justesse et peu de mots. Si Mafalda lorgnait du côté de la réflexion et de la saillie philosophiques, ces dessins de presse s’attachent à un travers commun qui se passe souvent de commentaire.

Artiste de la concision, du détail qui fait tout et du mot juste, Quino est un des grands maîtres de la bande-dessinée, un artiste qui a su exploiter le potentiel incroyable de ce médium pour réaliser une œuvre qui n’aurait pu s’épanouir avec autant de force dans une autre discipline. Ce n’est pas de la poésie, de la philosophie, de la comédie, de la caricature, … c’est tout cela à la fois. Et il suffit d’un strip pour s’en rendre compte. Quatre cases qui forment un monde étonnant ouvrant la porte à un univers merveilleux.

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Images extraites de l’album © Quino/Glénat

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