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Spirale de Junji Itõ

J’espère que vous êtes assis bien au chaud chez vous pour lire cette chronique, car nous allons aborder le travail de l’un des grands maîtres de l’horreur : Junji Itõ avec son manga le plus célèbre Spirale. Attention les yeux, les images de ce manga s’impriment durablement sur vos rétines et ne vous quittent plus la nuit. Car Junji Itõ ne pratique pas l’horreur gore facile, il installe ses personnages dans un quotidien qui glisse malicieusement vers le fantastique.

Pour lui l’horreur vient plus facilement du quotidien, l’auteur s’inspire toujours d’un souvenir ou d’un moment réel pour lentement ouvrir une brèche et laisser entrer le mal. Et ses histoires contiennent en germe cette possibilité que cela arrive là, dans notre cuisine, alors que nous sommes sous la douche ou que nous prenons cette rue pourtant familière qui nous paraît un peu différente dans la faible lumière du crépuscule.

Il m’a fallu des années avant de pouvoir lire l’intégralité de ses mangas : mais je ne me suis pas arrêté tant le dessin, le style, et les histoires m’attirent. C’est une des particularités de son travail, il met en scène la beauté par son attention particulière au dessin, mais aussi dans les sujets de ses histoires afin de tracer un pont entre le sublime et l’horreur. La beauté en devient suspecte et corrompt les âmes. Il est l’un des rares mangakas qui travaillent sans assistants, préférant un rythme de parutions moins soutenu pour pouvoir maîtriser tous les aspects de son dessin.

Grand amateur de la forme courte, Junji Itõ impose son chef d’œuvre avec plus de 600 pages : Spirale. Une histoire où l’obsession de ce tourbillon va contaminer une petite ville du Japon et ses habitants mais également le trait du dessinateur dont les pages n’auront d’autre choix que de s’articuler entre les spirales. Malédiction antique, la famille au centre de ce désastre va nous entraîner au cœur de la folie. Et ce, même si l’humour reste très présent dans ces pages d’horreur. Au Japon le grotesque dans la J-horror est presque une école, les motifs et les déformations exagérées, très sanglantes paraissent assez risibles hors-contexte tant la démesure est grande mais tout l’art du mangaka est de la rendre crédible intensifiant l’horreur au sein de son histoire, et Junji Itõ y parvient parfaitement.

« – Regarde ces ruines !! On dirait qu’elles sont vivantes…On dirait qu’elles vivent…Elles ont une conscience…
– Une conscience égocentrique… tournée vers leur centre, on dirait que ces spirales sont folles d’elles-mêmes… »

Les univers graphiques de Junji Itõ font souvent le grand écart entre cette obsession de la beauté et l’horreur, utilisant toutes les ressources du dessin esthétique pour représenter la laideur. Ce qui est assez touchant dans son dessin est sa manière de représenter le Japon contemporain. Quand vous observez les décors et arrière plan de ces histoires, ce sont les rues et les villes d’aujourd’hui. Une représentation du Japon que je trouve plus vivante et réussie que dans d’autres mangas comme par exemple ceux de Taniguchi. On a un instantané de la vie japonaise –une seconde avant que le fantastique ne tire un trait sur cette apparente normalité.

Souvent analysés comme une critique de notre société contemporaine, Spirale représenterait une allégorie du capitalisme et de la crise économique japonaise selon Masaru Satō, l’écrivain qui signe la postface de cette édition intégrale. Et il est vrai que l’horreur a toujours été un terrain idéal pour ces idées. Après cela vous n’avez plus qu’a vous jeter sur Tomié, Gyo et le Journal de Soïchi… mais si l’effroi vous réveille au beau milieu de la nuit… ne dîtes pas qu’on ne vous avait pas prévenu !

Images extraites de l’album © Junji Itõ/Delcourt/Tonkam

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