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Portrait d’un Buveur de Florent Ruppert, Jérôme Mulot & Olivier Schrauwen

L’un des livres les plus déroutants et les plus esthétiques que vous croiserez cette année, ce Portrait d’un Buveur est un travail à trois auteurs qui mélange les univers & les styles pour ne ressembler à aucun. Habitués des collaborations expérimentales, Florent Ruppert & Jérôme Mulot innovent en se laissant porter par le dessin furieux d’Olivier Schrauwen dans un récit de piraterie très loin des standards de la grande aventure ou de la figure romantique du pirate. La violence est le moteur de l’histoire, pas de quête ou d’aspiration élevée pour Guy, tour à tour charpentier, pirate, voleur et antihéros. Trouver une bouteille, quitte à la voler ou poignarder un homme pour l’obtenir, est sa plus grande ambition. Tout l’album joue sur le malaise et la méchanceté d’un personnage égoïste, menteur et un peu fou qui se fiche de tout. Un lâche, fier de lui & sans remords, qui nous entraîne dans les eaux profondes où il ne se passe pas grand-chose d’épique ou de mémorable…

Chansons, images surréalistes, ce gros livre de 200 pages est un tourbillon de couleurs et de prouesses graphiques. Alternances entre les pleines pages et gaufrier où les couleurs reflètent les émotions d’un héros qui ne dit rien, qu’on aperçoit toujours de biais. Un système qui permet de mettre en avant les non-dits & l’absence de psychologie intérieure du personnage principal qui nous tient à distance. Le découpage et la mise en scène donnent un rythme particulier & entraînant à l’album, souligné par les pages hors cadres qui commentent, confrontent & comparent l’action à la manière d’une pièce de théâtre. Des squelettes, esprits prisonniers des limbes qui s’accrochent et tentent de rentrer à nouveau dans les cases. Des personnages secondaires se posant plus de questions que les héros de l’histoire.

Le trait de Schrauwen se fait plus détaillé que dans ses livres précédents (si ce coup de cœur vous donne envie ou si vous avez aimé Portrait d’un buveur, lisez aussi le très bon Arsène Schrauwen chez L’association), le dessinateur s’inspire de peintures classiques, de portraits classiques qu’il déforme, retravaille et adapte à son compte.

Un album qui ne ressemble à aucun autre par son dessin et son sens de la mise en scène très particulière et réussie, mais aussi pour son histoire sans histoire ou plutôt son refus de donner corps à l’histoire en restant dans les marges. Un album qui demande immédiatement une relecture après la lecture pour en saisir toute la profondeur après le premier passage où on est plaisamment désorienté. J’espère que vous aimez l’aventure, elle n’est pas facile à aborder, mais elle vaut le coup d’œil.

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Images extraites de l’album © Florent Ruppert/Jérôme Mulot/Olivier Schrauwen/Dupuis

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