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Omega men de Tom King & Barnaby Bagenda, Urban Comics

On a beaucoup parlé de Tom King ces derniers mois, entre ses chefs d’œuvres Mister Miracle (lire le coup de cœur) et Sheriff of Babylon (lire le coup de cœur) ou encore son travail sur la série régulière Batman. Urban comics continu de rééditer ses œuvres, et Omega men est l’une des toutes premières du scénariste vedette.

Réécriture ambitieuse d’un titre oublié des années 1980, d’une bande de rebelles hétéroclite, héros terroristes en lutte contre un empire spatial totalitaire. Un univers appartenant à la série Green Lantern, qui se révèle comme l’un des meilleurs liés à ce héros. Kyle Rayner, le White Lantern, ancien Green Lantern devenu porteur de tous les pouvoirs du spectre par sa maîtrise unique des émotions est le héros impuissant de cette histoire. Kidnappé et dépossédé de ses pouvoirs, le héros va suivre les terroristes dans leur combat contre la Citadelle toute puissante qui règne & exploite toutes les planètes du système Vega. Un empire tourné vers l’exploitation minière d’une matière rare, monnaie intergalactique indispensable à la survie de nombreux mondes qui pose la délicate question du sacrifice de certains pour la survie des autres…

La chute de l’empire (américain)

Dilemme moral, frontière entre le bien et le mal, justice et sacrifices au programme pour cette histoire qui rejoue une partie du conflit au Moyen-Orient transposé dans les étoiles. On y reconnaît l’impérialisme américain et sa guerre pour le pétrole, de son ingérence dans la politique des pays convoités, à l’instrumentalisation de la religion, des médias, de l’opinion public, des populations touchées par les dommages collatéraux… Avant Sheriff of Babylon où il relate son expérience de manière plus frontale, l’ex-agent de la CIA en poste en Irak a parsemé ses œuvres de ses réflexions philosophiques et thématiques sur l’impuissance, l’échec ou encore l’ambiguïté de l’espoir. Avec la guerre en toile de fond, portée par la rage de ces héros renégats bien loin de l’esprit Gardiens de la Galaxie avec qui ils partagent certains points communs avoués ou des gentils rebelles de Star Wars, qui subissent un destin similaire face à l’Empire : les Omega Men s’imposent à grands coups d’idéaux & et de sacrifices mais aussi de violences & de trahisons. Personne n’est tout blanc, sauf Kyle Rayner, peut-être, qui cherche une troisième voix dans ce conflit.

Graphiquement emporté par le travail minutieux de Barnaby Bagenda et les couleurs de Romulo Fajardo.Jr qui s’attaquent avec brio à rendre cet univers foisonnant compréhensible et intrigant. Le dessinateur installe ses personnages dans des ambiances plus que des décors, il ne cherche pas la précision mais redouble d’idées visuelles symboliques qui accompagnent le récit. Le découpage et la mise en scène font partie de l’écriture et la force du dessinateur est de coller à ce canevas imposé tout en trouvant ses propres idées, pour donner un récit dense et immersif.

Le tout porté par les couvertures de Trevor Hutchison, qui s’accapare les codes des affiches de propagandes pour semer doutes et indices au fil de la lecture.

Pouvez-vous éclairer ma lanterne ?

Le destin éditorial de cette première oeuvre étonnante force le respect. Un comics annulé au bout de quelques chapitres à cause des ventes catastrophiques mais sauvé par les fans qui se mobilisent pour réclamer la suite de cette saga intrigante, et une série achevée par ses auteurs qui devient culte. Certains y ont vu une filiation avec Watchmen par son habileté à réécrire un groupe de super-héros oublié à travers le prisme du rapport à la justice, à la condition du héros mais aussi pour son travail sur la forme, de l’utilisation symbolique du découpage et des planches de ces 12 chapitres.

Très ambitieuse pour une première série, Omega men comporte déjà pas mal des thématiques phares du scénariste et impose son découpage très particulier en 9 cases qui alterne les passages mélancoliques et les scènes d’actions, une mise en scène très méta qui joue aussi bien des codes de la bande dessinée que de la réflexion des personnages sur eux-mêmes. En choisissant le Lantern Kyle Rayner, Tom King n’a pas oublié que ce dernier était un auteur de comics avant de faire partie de la police cosmique, et ce genre de détail a son importance.

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Ce qu’il ne fallait pas manquer en juin 2019

Illustration principale & images extraites de l’album

© Tom King /Barnaby Bagenda/Urban Comics/Trevor Hutchison/ DC Comics

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