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Locke & Key, les clefs du succès

Après Watchmen, The Boys, Umbrella Academy, la prochaine série adaptée d’un comics qui se profile déjà comme un futur incontournable est Locke and Key. Déjà en cours de tournage et prévue pour février 2020 sur Netflix, elle est adaptée de la bande-dessinée de Joe Hill et Gabriel Rodriguez.

En ce lendemain d’Halloween on vous propose d’attaquer cette série effrayante et atypique avec toutes les clefs pour comprendre la déferlante Locke and Key qui se profile au printemps prochain…

Une mère et ses enfants s’installent dans un manoir dans le Massachusetts après la mort violente de son mari. Sauvagement assassiné, cet homme lègue à sa famille la Keyhouse, une propriété pleine de secrets. La maison est construite avec des portes offrant des pouvoirs à ceux qui savent en trouver les clefs. Transformations physiques ou psychiques, domination ou oubli, certaines clefs sont plus dangereuses que d’autres, surtout quand on fait les mauvais choix. 

Le comics se sert du fantastique pour révéler la trivialité de nos relations et de nos sentiments. Chaque clef peut être vue comme une ouverture sur notre inconscient, entre névroses et espoirs. Si les personnages évoluent et tentent de résoudre leurs difficultés à l’aide de ces nouveaux pouvoirs, leurs problèmes reflètent ceux de la majorité des Américains. Et toute la magie du monde n’aidera pas.

Un monstre se cache et susurre à l’oreille du plus jeune frère, un démon à forme humaine hante l’histoire familiale depuis plusieurs générations et un homme attend son heure enfermée dans un centre pour jeunes délinquants. L’horreur a plusieurs masques dans cette histoire à plusieurs niveaux de lecture. Au milieu des créatures, des pouvoirs et des découvertes surprenantes, les auteurs amorcent une réflexion sur la violence et les conséquences de nos actes ; sur l’esprit américain et sa mythologie forgée en quelques centaines d’années ; sur la filiation et le passage à l’âge adulte. Ils proposent le récit intime et vivant d’une famille qui va apprendre à vivre son deuil, mais aussi tous les moments-clés d’une vie à travers une histoire d’horreur.

Le scénariste Joe Hill a fait de la filiation un des enjeux centraux de la série, un choix particulier au regard de sa propre histoire. L’écrivain est le fils de Stephen King et passer après son père sur une fiction d’horreur impliquant héritage, alcoolisme, origine de la violence et passage entre les mondes est un pari audacieux. Très maîtrisés, ces livres n’ont rien à envier à ceux de King senior à la fois par la maîtrise de la narration et du suspens que pour cette habileté à traiter de thèmes universels à travers quelques destins individuels.

Un héritage qui est souligné à plusieurs endroits avec ses clins d’œil graphiques à Carrie, ou ses références explicites à Ça ou Stand by Me (Le Corps) et d’autres œuvres de Stephen King. Les références littéraires sont nombreuses, les œuvres de H.P. Lovecraft (qui donne son nom à la ville imaginaire où se déroule le récit) s’infiltrent dans la série et donnent le ton dans l’indicible : cette horreur tapie depuis longtemps que l’on ne peut pas décrire… Ou encore Sandman de Neil Gaiman et son cortège d’histoires imbriquées et cette même fascination pour Shakespeare dans les deux séries. Le plus mystérieux des auteurs britanniques est convié à la fête avec sa pièce La Tempête qui est rejouée dans le livre et offre plusieurs pistes de réflexion.

Gabriel Rodriguez livre pour sa première grande série, une prestation remarquée. Avec un dessin qui tire vers le gothique et une manière de dessiner les visages qui trahissent le malaise, l’auteur chilien expérimente dans ces planches. On y trouve aussi des hommages marqués à Calvin & Hobbes de Bill Watterson ou à Jack Kirby. Son trait rond et le design presque édulcoré des personnages lui permettent d’aller assez loin dans la représentation du gore, de la violence ou du glauque. À chaque chapitre, on est assez surpris par la violence qui peut sortir de ces dessins aux accents féeriques. Les pouvoirs cachés par certaines clefs ont un véritable impact sur le dessin et la mise en scène. Le dessinateur adapte à la fois son style, mais également son découpage au fil des épisodes pour accentuer les effets des clefs. Au fil des chapitres, on ne lit plus exactement la même bande-dessinée graphiquement et on peut sentir les variations avant de les comprendre dans l’histoire. 

Les auteurs sèment des indices tout au long des premiers volumes pour refermer leur piège sur les derniers chapitres. Une écriture toute en flash-back qui leur permet de développer les personnages et de contraster leur psychologie. C’est la force de cette histoire, de montrer qu’il n’y a pas besoin de chercher le croque-mitaine, le monde et les humains sont déjà bien assez effrayants.

Plusieurs fois réédités en intégrale ou en 6 tomes originels pour plus de 1000 pages resserrées, les lecteurs français auront bientôt la joie de voir un 7e volume bonus contenant 3 histoires inédites chez Hi Comics pour accompagner cette adaptation sur Netflix (dont la page est déjà prête et vous pouvez ajouter une 🔔si vous êtes abonnés.) 

Illustration principale et planches extraites : © Joe Hill / Gabriel Rodriguez / IDW Publishing / Hi Comics

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