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Scalped de Jason Aaron & R. M. Guéra

Aussi loin que je me souvienne j’ai toujours adoré les histoires d’indiens. Durant quelques années je voulais en faire mon métier, chevaucher dans les plaines, chasser le bison et trouver mon animal totem bien sûr. Encore maintenant j’ai tendance à lire absolument tout ce qui se présente et qui parle d’indiens. Mais en bande dessinée il était difficile de trouver des choses sérieuses –à part dans le sévère Blueberry*.
Cette quête m’avait un peu éloigné de la bande dessinée avec les excellentes nouvelles de Dorothy Johnson, Sherman Alexie ; les romans d’Howard Fast, Jim Harrison et quelques autres**. Et jamais je n’avais trouvé cette intensité, cette vérité crue qui habitait ces récits sauvages jusqu’à la première publication de Scalped.

Les comics du label Vertigo nous avaient habitués à une écriture littéraire, profonde, contemporaine mais jamais à une telle noirceur. Les dessins, le découpage, les dialogues sont sauvages, bruts. Les auteurs nous proposent une autre vision de l’Amérique à la fois authentique et hallucinante. On y découvre un monde sauvage en marge des lois, une frontière invisible où vivent encore les problématiques et les habitudes de la conquête de l’Ouest. Racisme, chômage, alcoolisme, violence, exclusion,… ne sont que des étiquettes pour tenter de comprendre ce qui se passe dans ces lieux. Parqués dans des réserves les Amérindiens ne peuvent en sortir sous peine de perdre leurs allocations, cernés par des rednecks qui luttent eux-aussi pour s’en sortir mais dans ces régions touchées par le chômage et la crise économique les chances de s’en sortir de manière pacifique sont maigres…

« — Tu me sacrifies au nom d’une vengeance perso à la con, hein ?
– Hey, t’as intégré le FBI pour leur montrer que t’en as dans le citron, pas vrai ? Que t’es autre chose qu’un de ces beaufs nourris aux allocs et à la bouffe à cochons, non ? Alors tu sais quoi Cochise… c’est ta putain de chance. »

En résumé : Très bon polar version hard-boiled, chronique sociale et violences psychologiques et physiques où l’on suit l’agent infiltré du FBI Dashiell Bad Horse dans sa nouvelle mission, devenu un homme de main du mafieux Red Crow. Le retour de Dashiell dans sa tribu marque aussi une croisade personnelle après son départ une dizaine d’années plus tôt et la série se développe sur une série de gros flash-back très bien écrits pour faire avancer l’enquête principale.
En plus du genre policier, le scénariste a habillement incorporé des éléments liés à la mystique amérindienne, aux esprits et au rapport à l’autre qui donne une seconde lecture saisissante à ce récit contemporain sans tomber dans le fantastique.

L’encrage et le trait du dessinateur rappelleront quelques souvenirs aux amateurs de franco-belge puisque R. M. Guéra a dessiné les deux derniers volumes de la série Le Lièvre de Mars avec P. de Cothias avant d’être repéré par DC comics. Ses dessins très noirs et ses cadrages cinématographiques se sont parfaitement prêtés à l’adaptation comics du film Django Unchained de Q. Tarantino avec Jason Latour, un autre scénariste de cette veine dure de Vertigo.

Les auteurs ont forcé le trait dans les scènes de violence, dans les dialogues percutants pour mettre en évidence la thématique du choix personnel et de l’identité à travers les personnages et leurs histoires. Une série à ne vraiment pas laisser passer, que l’on soit amateur de comics ou non sous peine d’être hanté par cet oubli.

Notes :
* Je ne sais pas vous mais j’ai mis longtemps à lire et apprécier Blueberry. Si aujourd’hui, cette série compte parmi mes préférées en terme de dessin et d’atmosphère, je l’ai boudé durant des années, attendant d’être adulte pour l’apprécier, un peu comme pour le bon vin, on ne comprend pas l’intérêt au début puis cela fait partie des plaisirs délicats de l’âge adulte.

* Si vous aimez l’Ouest sauvage, loin des clichés Hollywoodiens, je vous recommande plus que chaudement ces quatre-là.

« L’homme blanc a intérêt à rappliquer avec sa putain de carte bancaire. »

Scalped de Jason Aaron et R. M. Guéra, édition Urban Comics, 2012
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À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album © Jason Aaron/R. M. Guéra/Urban Comics

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