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Les bêtes sauvages de Loïc Godart

J’aime beaucoup ce type de récit initiatique, d’un moment clef du passage à l’âge adulte. Un genre à part entière en littérature, mais finalement peu courant en bande dessinée, à l’exception de quelques auteurs de comics qui s’en sont fait une spécialité. Il y a un côté teen movie glauque : pour appuyer cette dimension de changement, l’auteur a mis en scène son récit dans un futur dystopique où des animaux sauvages courent les rues. Où le danger est permanent même dans la banlieue résidentielle où se déroule l’histoire.

On est loin du récit de zombie qui occupe généralement ce cadre et cette menace devient poétique dans son traitement graphique. Il faut y voir plutôt une métaphore de ce trop-plein d’émotions et de sensations que vivent les héros ados. De même que la mort est au centre du récit, à travers ces dangers fantastiques, mais surtout la violence banalisée des ados entre eux. Bizutage, rivalité et défis idiots qui aboutissent à des situations tragiques dans un monde où tout devient de plus en plus violent. Les bêtes sauvages ne sont peut-être pas seulement les loups, singes et éléphants…

Le trait et les couleurs de Loïc Godart donnent une ambiance onirique à l’histoire, son dessin vif capture le mouvement avec cette dose d’imprécision maîtrisée, d’approximation qui laisse place à l’ambiguïté nécessaire. Tout le livre est traversé de symboles, de signes, des animaux aux immeubles, ou l’obsession de ces peintures murales qui se retrouvent presque à toutes les pages. On a des ambiances à la Stranger Things : on perçoit pas mal d’influences de films et de séries US. Un melting-pot bien rendu et visuellement réussi de références nombreuses qui parcourent le travail de cet auteur qui signe toujours des albums très picturaux.

Au final, on ne connaît ni les causes ni la finalité de ce bouleversement, l’important n’est pas dans le pourquoi : j’ai vu pas mal de critiques négatives qui partaient principalement du fait que l’auteur n’explique pas, peu importe. Le plaisir du livre réside dans son atmosphère et cette capture de l’instant réussi. Dans ce moment infime où tout bascule et peut basculer encore plus. Un conte contemporain dans un monde qui s’effrite, une histoire d’amour adolescente qui rejoue la même partition dans un cadre chaotique qui reflète la société d’aujourd’hui et bouscule la vision romantique des premières idylles.

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Ce qu’il ne fallait pas manquer début 2019 : Janvier, février & mars

Images extraites de l’album © Loïc Godart / Ankama

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