Now Reading:
Little Nemo de Winsor McCay

Little Nemo fait partie de ces livres que je ressors de temps en temps pour en lire quelques (grandes) planches, comme une liqueur de prix que l’on garde pour les bonnes occasions. Grand classique sans en être un en librairie : les strips de l’américain Winsor McCay sont adulés par la plupart des auteurs de bande dessinée en même temps que de nombreux lecteurs avertis, mais étrangement méconnu du grand public. Pourtant on ne peut être qu’admiratif de ces planches qui conservent 100 ans après leur parution, une étonnante modernité. 

Éditer les planches grand format de ce strip paraissant dans la presse du 19e siècle est une aventure assez compliquée et beaucoup de tirages sont chers et/ou épuisés. Delcourt a sorti une superbe édition traduite en grand format restauré et Taschen propose une édition intégrale à 150 euros MAIS avec un best-of à 60 euros très bien fait avec des introductions, du texte critique et 200 planches choisies parmi les plus représentatives. Seul point faible de cette belle initiative : les textes des planches sont en anglais mais toute la partie critique et intro est en français. Vous l’aurez compris avoir accès au fond McCay relève de la chasse au trésor mais quand on a les planches sous les yeux c’est un vrai bonheur. 

Le dessin sublime, très stylisé avec son contraste de traits durs et fins, et ses innovations en terme de découpage et de mise en scène : en font l’un des grands inventeurs du médium bande dessinée. Explorant toutes les possibilités offertes par la planche, jouant sans cesse avec la perspective et la structure de la page, testant les limites de ce nouveau média basé sur la reproduction avec un jeu sur les couleurs, le trait cerné, il pose les bases d’un nouveau langage derrière une virtuosité graphique qui a bien peu d’équivalents. 

Dessinés et publiés entre 1905 et 1914 la modernité du trait et les audaces narratives restent encore d’actualité, une exception dans la courte histoire de la bande dessinée, un ancêtre à jamais contemporain. Non content d’être l’un des pionniers de la BD, il sera l’un des précurseurs du dessin animé aussi en réalisant plusieurs courts-métrages entièrement dessinés à la main, ainsi que des films où s’invitent des personnages animés. Il sera également un des pionniers de la couleur, le premier artiste qui pensa la planche comme un espace à part entière. 

Si les planches, les univers se multiplient et vont de plus en plus loin dans l’imaginaire, le canevas reste le même, Nemo rêve et se réveille. Cette astuce narrative va permettre à McCay d’expérimenter et de brosser un portrait de l’Amérique de son époque sous un miroir grossissant. On pense aux Milles et une Nuits et ses contes infinis, aux niveaux de lecture multiples pour faire une comparaison et donner une idée de la richesse des thèmes abordés et des histoires évoquées. À la fois attirante et fascinante à regard d’enfant, l’oeuvre est aussi puissante et esthétique pour les adultes, peu d’oeuvres ont ce double impact et s’affranchissent des générations. Lire et observer les planches de Little Nemo est une expérience fascinante, un rodéo intellectuel pour tous les amateurs de dessins virtuoses.

« Le premier sur la lune ! D’accord ? »

Winsor McCay & son Little Nemo,
dans un film humoristique sur la création d’un dessin animé en 1911
 

Gertie the Dinosaur,
sur le même procédé entre film et animation en 1914
  

How a Mosquito Operates en 1912

Winsor McCay – Un artiste de rêve
Conférence de Benoit Peeters sur l’artiste

Lire et observer les planches de Little Nemo est une expérience fascinante, un rodéo intellectuel pour tous les amateurs de dessins virtuoses.

Images extraites de l’album © McCay/Taschen

3 comments

  • […] aussi aux grands artistes de cette période ou qui ont inspiré le dandy new-yorkais. Walt Disney, Winsor McCay, Charles Addams, Guy Peelaert… sont les styles les plus immédiatement identifiables, mais le […]

  • […] Un de mes amis était fasciné par la Fièvre d’Urbicande, son idée simple mais géniale de ce cube en expansion qui remodèle passivement les villes et leur fossé. Comme pour le cube, une fois entre les mains, sa fascination grandit en moi aussi.En creusant, on découvre une série construite en matriochkas qui s’imbriquent les unes avec les autres dévoilant leurs secrets, indépendantes mais liées par leurs obsessions. Tous les albums, ou presque, sont indépendants mais il y a un intérêt à les lire dans l’ordre pour en comprendre les liens invisibles. Contes inquiétants, légendes de pays imaginaires, relectures de mythes, concepts philosophiques et  paraboles mises en récit… On pense aux grands maîtres de ces contes cruels ferrés dans la réalité, d’ Hoffmann, à Maurice Pons, en passant par Marcel Schwob. Chaque album présente un univers où l’étrange se cache dans le quotidien, où le fantastique se dévoile en miroir de notre réalité. Théoricien de la bande dessinée, critique et écrivain, Benoît Peeters pousse à l’expérimentation dans ses histoires qui ne se ressemblent pas d’un album à l’autre, en gardant une attention à la narration. Érudits et oniriques, exigeants et parfois difficiles, ces livres détonnent dans le paysage de la bande dessinée mais ont réussi à toucher puis fidéliser le grand public. Le succès vient en grande partie du dessin incroyable de François Schuiten. Grand technicien, il s’attaque à des perspectives et des architectures très élaborées, et ses planches lorgnent du côté de l’enluminure tant les détails et la précision abondent. Son style réaliste et ambitieux est influencé par les perspectives et les créations de Winsor McCay. […]

  • […] aussi aux grands artistes de cette période ou qui ont inspiré le dandy new-yorkais. Walt Disney, Winsor McCay, Charles Addams, Guy Peelaert… sont les styles les plus immédiatement identifiables, mais le […]

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Input your search keywords and press Enter.