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La Venin, le western qui rend à crocs

À l’occasion de la sortie de l’album La Venin de Laurent Astier aux éditions Rue de Sèvres, nous avons voulu vous proposer un nouveau format de chronique pour découvrir l’album à travers une interview de son auteur. Rencontre avec Laurent Astier et sa venimeuse héroïne. 

Western aux accents de complots, cavalcade dans les grandes plaines ponctuées de flash-back, fictions qui lorgnent vers l’Histoire… les thèmes abordés dans La Venin promettent un voyage mouvementé. Ce qui frappe quand on ouvre l’album c’est la force des dessins, la maîtrise des couleurs et le découpage très soigné. Une mise en scène très sophistiquée, entre cadrages cinématographique et ellipses soignées, qui lui permettent de dire beaucoup en privilégiant le dessin. Déluge de feu, déluge de traits, ce premier album lance une série qui comptera cinq volumes au rythme d’un album par an.

Polar, fantastique, enquête et récit historique, le western manquait à votre tableau de chasse ?

Laurent Astier : C’est un rêve de gosse que j’accomplis aujourd’hui. Mes premières lectures, c’était des fumetti et essentiellement du western avec La conquête de l’Ouest, Ken Parker, Kit Carson, Tex Willer, etc. Et puis, il y a eu la dernière Séance d’Eddy Mitchell avec les films de John Ford, Raoul Walsh. On devenait ainsi la 2e génération à rêver de cette mythologie américaine. La partie hollywoodienne du plan Marshall a parfaitement fonctionné sur moi ! 
Et puis, on a atteint des sommets avec la revisitation européenne, avec les films de Sergio Leone et les fantastiques B.O. d’Ennio Morricone, et la série de bande dessinée Blueberry de Jean Michel Charlier et Jean Giraud.
Je rêvais donc d’en faire, mais j’ai attendu toutes ces années pour avoir le niveau de tous ces grands maîtres indépassables pour me frotter au genre. Et, après cinq années à travailler sur le dyptique Face au Mur, j’avais besoin de grands espaces…

Outre les titres venimeux, le lecteur retrouve une certaine familiarité entre La Venin et Cellule Poison dans cette héroïne au passé trouble ? 

L. Astier : C’est vrai que ces deux héroïnes ont des similarités au niveau du physique, brunes aux yeux d’azur, et un caractère bien trempé, et peut être même au niveau du background compliqué de leur jeunesse. J’aime réutiliser des figures qui me sont propres, comme des acteurs fétiches à qui j’attribuerais des rôles selon les besoins du casting. Et les auteurs, artistes ont toujours tendance à creuser les mêmes sillons, les mêmes thèmes en les réinventent à chaque fois. Je ne sais pas exactement qui ils sont et il me faudrait sûrement plusieurs années d’analyse pour comprendre d’où ils proviennent. Ou il faudrait un entretien plus long pour les aborder…
En terme de scénario, on est dans une autre dynamique et d’autres thématiques, car la période est différente. On est à l’aube du XXe siècle, dans une période de transition entre l’ancien monde, le Old West toujours très prégnant dans la plupart des états, et le nouveau, avec la révolution industrielle et l’émergence des mégalopoles sur les côtes Est et Ouest qui prennent de la hauteur, et sur des territoires qui offrent le droit à la métamorphose et à la réinvention permanente de sa vie et de son destin.
Mais dans
La Venin, il y a une volonté de raconter la saga d’Emily dans une optique beaucoup plus grand public, de revenir à une manière de dessiner et de mettre en couleur, en ambiance beaucoup plus classique, que ce soit dans l’encrage ou les mises en pages.

Le Wild Bunch de Butch Cassidy & Sundance Kid, la référence aux Skull and Bones… est-ce que la série s’inscrit dans une relecture des grandes légendes qui ont forgé les USA ?

L. Astier : Oui, je voulais vraiment me réapproprier ces grandes légendes du mythe américain, et les inclure dans mon récit tout en ayant mon propre point de vue. Et c’est une telle matière à creuser pour l’auteur que je suis ! J’ai une soif d’apprendre, de comprendre les ressorts, les tenants et les aboutissants de la marche du monde. 
Ça vient sûrement de mes origines ouvrières où la culture n’était pas très présente. J’ai l’impression d’apprendre tous les jours et chaque nouveau projet me permet de découvrir de nouvelles choses, de nouveaux pans de notre histoire.
J’ai, par exemple, lu plusieurs livres sur l’histoire des Comanches pour une scène qui ne dure que quelques pages dans ce premier tome. Je ne sais pas si c’est le cas, mais je voudrais que ça ressurgisse dans la lecture, que le lecteur sente que ce n’est pas factice et qu’il y a eu un vrai travail de recherche et d’investigation pour plus de véracité.

On ne peut pas s’empêcher de faire un parallèle entre l’assassinat de Kennedy et celui du candidat Mc Grady (et son lot de conspiration), est-ce une volonté de ne pas quitter la politique par la bande après un long travail sur l’Affaire des affaires ?

L. Astier : Oui, c’est vrai qu’on peut faire un parallèle entre ces deux histoires, même si, ici, les conspirations ne viennent pas toujours de ceux qu’on croit. Mais je ne veux pas tout révéler ici, c’est un peu tôt !
Il y a toujours dans mon travail cette envie de creuser l’histoire, la politique, la géopolitique même. C’est pour cela que j’avais accepté de travailler sur l’
Affaire des Affaires, et c’est resté comme une empreinte dans ma manière d’appréhender chaque nouveau projet.

Les carnets retrouvés d’Emily en postface poussent le récit dans la réalité, pourquoi cette volonté de lier réel et fiction ?

L. Astier : Je ne pourrais pas écrire dans un contexte hors cadre, en dehors de l’histoire, ou en tout cas, qu’elle ne soit pas là en fond. Et qui sait si ces carnets ne sont pas les vrais carnets d’Emily que j’ai trouvé dans des circonstances étranges et romanesques ?
Peut-être vous raconterais-je ça un jour… Comment, dans un périple de plusieurs mois dans tous ces états américains, du Colorado au Connecticut en passant par l’Oklahoma, la Louisiane et le Texas, j’ai fini par trouver la trace d’Emily et après moultes recherches , réussi à reconstituer son histoire, son parcours…

Guerres indiennes, Butch Cassidy & ses bandits célèbres, la société sécrète Skull and Bones, ou les crimes sordides & l’affaire Minnie Wallace, la série s’ouvre sur un condensé d’Amérique qu’on découvre sous le regard d’Emily. Entre conquête de l’Ouest et polar revisité, et jouant habilement sur les flash-back, le dessinateur nous entraine derrière son héroïne de choc tout en distillant une histoire aux multiples ramifications.

La Venin T1, Déluge de feu, Laurent Astier, Rue de Sèvres, 2019
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L’avez-vous lu ?
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💡 Article réalisé en partenariat avec Rue de Sèvres. 
Merci à Laurent Astier et à l’équipe.

Illustration principale et extraits ©Laurent Astier/Rue de Sèvres

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