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La Princesse de Clèves de Claire Bouilhac & Catel Muller

Régulièrement adapté au théâtre, au cinéma et en littérature, le livre de Marie-Madeleine de La Fayette se dévoile en bande dessinée grâce à Claire Bouilhac & Catel Muller. Cette adaptation d’un des livres fondateurs de la littérature française du XIIIe siècle, remet à l’honneur son autrice et en donne une adaptation assez fidèle de l’œuvre dans un gros livre de deux cents pages qui s’ouvre sur un prologue mettant en scène Mme de La Fayette pour introduire l’histoire et donner quelques clefs au lecteur.

Travail à quatre mains pour transposer ce livre dans une version graphique qui colle au texte avec les libertés nécessaires à l’adaptation. Le duo s’était déjà attaqué à une figure historique déjà avec leur album Rose Valland, Capitaine Beaux-Arts ou Adieu Kharkov ; et là, recrée l’atmosphère de ce « petit roman » paru anonymement en 1678 aux intrigues amoureuses multiples, entre dévotion, amour courtois revisité et libertinage. Le roman raconte avec beaucoup de précisions la cour et les figures attachées à Henri II et les Valois et son écriture des personnages inaugurent une veine romanesque très moderne.

Si vous n’aviez rien écouté au lycée, et vous n’étiez pas les seuls, l’ancien président Nicolas Sarkozy rappelait qu’il « avait beaucoup souffert dessus » en guise d’excuses après s’en être moqué : l’intrigue tourne autour des tourments sentimentaux et existentiels d’une adolescente, Mademoiselle de Chartres arrivée à la cour, qui va être l’objet d’une grande attention. Le Prince de Clèves en tombe amoureux, la demande en mariage dans le même temps où elle-même tombe amoureuse du duc de Nemours qu’elle rencontre peu après. S’en suit un tourbillon de quiproquo & non-dits entre ce trio et les personnages de la royauté jusqu’à une fin qui n’a rien d’un happy end. La jeune princesse assume ses choix dans cet univers où les femmes ont peu de pouvoir, même si le prix de cette liberté est élevé.

Vous connaissez peut être le travail graphique de Claire Bouilhac sur Francis blaireau farceur, où elle met son dessin au service de cet animal possédé par tous les défauts (si non, je vous recommande fortement cette série avec Jack Raynal au scénario). Ici, le trait se fait moins cartoon et plus élancé, plus contemporain. Elle travaille sur le détail et le motif alternant les pleines pages et les découpages rapides, une mise en scène qui donne du rythme et des respirations à cet album pour soutenir l’intrigue complexe et très littéraire.

Une adaptation réussie pour ce texte riche dont la mise en image retranscrit bien les sous-entendus, l’implicite et le plaisir du texte. Rappelons-nous qu’une adaptation est toujours une œuvre différente, en proposant un éclairage singulier ou un point de vue sur l’œuvre de départ. Dans ce cas, les autrices ont choisi de mettre en valeur le parallèle entre Mme de La Fayette et son héroïne dans un épilogue dessiné par Catel. En se retirant de la vie mondaine et de l’écriture à la mort de son mari, elle incarne, à sa manière, le choix de son personnage de fiction créant un lien intrigant qui propose une seconde lecture à l’œuvre. Et bonus, cet album donne envie de lire ou relire le roman originel, ce serait dommage de se priver.

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La Princesse de Clèves de Claire Bouilhac & Catel Muller, Dargaud
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Images extraites de l’album ©Claire Bouilhac/Catel Muller/Dargaud

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