Now Reading:
La Cantine de minuit, (la petite) porte d’entrée de la nuit japonaise

Le cinquième volume traduit en français vient de paraître accompagné d’un livre de recettes adapté des plats évoqués dans la série. Avec un premier volume récompensé du Prix Asie de la Critique ACBD 2017 et une adaptation disponible sur Netflix qui remporte un beau succès critique, il était plus que temps de vous emmener faire un tour dans notre cantine préférée, la Cantine de minuit.

En matière de manga culinaire, vous avez probablement déjà croisé Le Gourmet solitaire de Jirō Taniguchi et Masayuki Kusumi (dont on disait beaucoup de bien ici) qui s’était attaché à rendre en image les émotions culinaires & souvenirs liés aux saveurs de plats de tout l’archipel à travers les déambulations de son héros. Le genre est très populaire au Japon (Tokyo est toujours la capitale de la gastronomie selon le Guide Michelin) et la cuisine est une part importante de la culture japonaise. En France, on trouve quelques titres comme Food Wars, Yakitate!! Ja-pan, J’aime les sushis, Café Dream, Aya conseillère culinaire, Le restaurant du bonheur… avec souvent un domaine de prédilection très précis (sans compter les mangas sur le vin ou les plus loufoques comme Toriko où on cuisine même les espèces en voie de disparition.) Si ces séries se penchent sur la cuisine à travers des quêtes, concours, passion façon nekketsu,… aucune n’utilise cette thématique comme prétexte pour parler de la société japonaise & de ses contemporains comme le fait Yarô Abe dans La Cantine de minuit.

Invitation au partage

Admirateur du travail de Yoshiharu Tsuge (on vous parlait de son chef-d’œuvre L’homme sans talent ici), il installe ses personnages dans une ambiance réaliste, et compose ses histoires comme autant de petites chroniques du quotidien où l’intime et l’anecdotique permettent d’aborder des sujets plus universels. Une chronique sociale qui a toujours pour point de départ une recette ou un plat, dans cette gargote ouverte la nuit au cœur du quartier de Shinjuku. Et de la Golden Gai au cœur de Kabukichō en particulier pour les connaisseurs. Cette izakaya qui ne paye pas de mine & son mystérieux patron balafré, propose en guise de menu à ses clients de réaliser n’importe quel plat pourvu qu’il ait les ingrédients (ou qu’on lui apporte.) Comme dans beaucoup de gargotes au Japon, ces débits d’alcool et de petite restauration sont surtout des lieux de socialisation, et les clients de la Cantine n’échappent pas à la règle. Flics, yakuza, hôtesses, chômeurs, acteurs… les habitués font généralement partie du monde de la nuit pour fréquenter cet établissement nocturne et leurs différences ou points communs amusent le patron. La rencontre autour d’un plat amorce toutes les petites histoires qui composent les recueils de ce manga intimiste très immersif.

Le style graphique de Yarô Abe peut dérouter, mais son trait fin et sa mise en scène contemplative permet au lecteur de s’approprier les lieux, de se plonger dans ce lieu immuable, immédiatement identifiable où les clients vont et viennent sous l’œil compréhensif du patron. La technique du mangaka ne cherche pas le réalisme sans pour autant passer du côté de la caricature, comme pour les histoires des protagonistes, les traits s’attachent à un détail particulier pour incarner le personnage, croquent la personnalité plus que son physique et installent une ambiance, suggère une atmosphère plutôt qu’elle ne montre le décor.

Un manga intimiste au succès international

Déjà 21 volumes au japon, 5 en français avec un 6e programmé pour le mois d’octobre, la série a dépassé les sept millions d’exemplaires vendus et s’est vu adaptée en prise de vue réelle sous forme de drama Midnight Diner : Tokyo Stories (une saison disponible sur Netflix) et remporte un beau succès critique porté par l’acteur Kaoru Kobayashi, dont vous connaissez peut être la voix, puisqu’il double plusieurs personnages des anime du studio Ghibli. La série apporte une autre dimension à travers le jeu des acteurs mais aussi des scènes qui ne se passent pas dans la cantine (alors que le manga est plus sous forme de huis-clos avec des exceptions ou petits flash-back.) Le livre de cuisine qui vient de sortir propose des recettes élaborées par une styliste culinaire Nami Iijima en compagnie de l’auteur et propose de tester et goûter certains des plats emblématiques de la série (et de la culture culinaire populaire du Japon.)

Dernière curiosité pour finir, vous pouvez trouvez chez le même éditeur, Le Lézard Noir, Mimikaki du même Yarô Abe qui se penche sur cette pratique méconnue chez nous, de se faire nettoyer les oreilles par une professionnelle (si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter cet article de Slate.) Avec la même chaleur, le mangaka propose des microhistoires autour de l’experte Shizue, qui laisse parler ses clients tandis qu’elle exerce son art.

Avec la Cantine, vous ne trouverez pas plus dépaysant pour les vacances, avec une folle envie d’aller visiter une des izakayas installées à Paris, votre restau de sushi préféré ou tester de faire son propre curry à la maison…

Illustration principale & images extraites de l’album

© Yarô Abe/Le Lézard Noir

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Input your search keywords and press Enter.