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Dragon Head de Minetaro Mochizuki

« Je sens quelque chose caché dans le noir »

Quand j’ai lu cette série pour la première fois j’ai adoré le format entre manga d’horreur et récit survivaliste. Tout y était étrange et entrainant malgré la torpeur distillée dans les pages, un remake de Sa majesté des mouches version Battle royale. Un train déraille et ses occupants sont morts ou prisonniers du tunnel qui les a engloutis. Les enfants rescapés vont faire face à la faim, la soif, l’attente mais surtout aux ténèbres. La folie et l’angoisse planent sur chaque page de ce manga : la peur semble être à la fois le moteur et le sujet de la série.

Derrière le masque du frisson, le mangaka explore les relations humaines et propose des pistes presque sociologiques sur les réactions humaines face à la peur, au piège, au désespoir… Bien avant la mode des mangas survivalistes, des histoires de zombies, les trois héros de Dragon Head expérimentaient la fin du monde en vase clôt. Est-ce que l’on peut baisser les bras ou espérer sans cesse du secours ?
Ou pire sombrer dans la folie. La métamorphose tribale voir monstrueuse de Nobuo marque le lecteur, son regard tatoué dans nos mémoires. Les ombres rodent.

Variations de noirs. Très stylisé et aérien, le dessin ne ressemblait pas aux mangas habituels du genre. Ce n’est que bien plus tard en découvrant son travail sur Chiisakobé que j’ai réalisé l’immense talent de Minetaro Mochizuki (lire le coup de cœur ici) L’attention du détail, les regards et le mouvement sont au cœur du travail du dessinateur depuis ses premiers travaux et le huit-clos de Dragon Head lui permet de redessiner sans cesse les mêmes décors et le même petit groupe de personnage avec à chaque fois une touche plus énigmatique, effrayante, rassurante,… Selon les émotions recherchées, le détail fait sens et instinctivement on cherche du coin de l’œil la plus petite variation. Au cas où.

Un manga prenant et nerveux, histoire terrifiante sans verser dans l’horreur, réflexion sur notre humanité et belle analyse de nos possibles réflexes, actions de grâce et pires bassesses face au danger : Dragon head est un incontournable du seinen. Katsuhiro Ōtomo ou Paul Pope s’associent volontiers à moi pour vous le recommander « froidement ».

Dragon Head de Minetaro Mochizuki, Pika graphic , 2017 pour l’intégrale
+ 5 album à ajouter à votre BDthèque (Série terminée)

Retrouvez nous toutes les semaines ici ou chaque jour sur le Twitter de Bubble où on vous parle d’albums qui nous ont particulièrement touchés. N’hésitez pas à nous poser des questions. À bientôt ! Thomas

 

Images extraites de l’album © Minetaro Mochizuki/ Pika

 

1 commentaire

  • thomasbubble

    […] nouvelle mouture de Pika Graphic est vraiment stimulante. Après la réédition de Dragon Head, et le Tayô Matsumoto (sur lequel on s’arrêtera le mois prochain) voici un étrange et beau […]

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