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Flèche Noire : Le Roi Emprisonné d’Ahmed Saladin & Christian Ward

Un peu moins connus en France qu’aux USA, les Inhumains peuplent l’univers Marvel en marge de l’humanité. Une bande un peu à part avec des pouvoirs, sorte de X-Men (lire l’incontournable) qui ne se considèrent pas comme tels, un peuple créé par les Krees, suite à des manipulations génétiques et expériences sur les humains par ce peuple extra-terrestre. Ils apparaissent en 1965 dans un épisode des 4 fantastiques sous les crayons de Jack Kirby & Stan Lee, un Kirby en forme qui inventait des personnages cosmiques et mémorables quasiment à chaque nouveau numéro de ses séries. Les Inhumains s’émancipent de leurs rôles secondaires et guidés par leur roi mutique Flèche Noire (Black Bolt en V.O.) deviennent une série à part avec leurs enjeux propres dans les années 1970 avant de disparaître.

Ils reviennent à la fin des années 1980 et surtout en 1998 avec la mini-série de Paul Jenkins et Jae Lee publiée en france sous le titre Inhumans : Tour d’ivoire. Cette série récompensée et que je vous conseille de lire en complément de Flèche Noire : Le Roi Emprisonné (elle aussi primée aux Eisner) dont on parle aujourd’hui, marque la renaissance de ces personnages qui ont le droit depuis à plusieurs titres et probablement une place, dans pas trop longtemps, dans l’univers cinématographique Marvel.

Revenons à notre sujet, cette mini-série centrée autour du personnage de Flèche Noire installe un nouveau rapport avec ce héros encore trop méconnu. Le roi des Inhumains est un personnage puissant, capable de voler ou de projeter de l’énergie mais surtout dont la voix, le moindre son qui en sort, a le pouvoir de détruire des citées entières. Aussi depuis sa création, il est enfermé dans un mutisme quasi-complet et ses proches, Medusa sa compagne et Maximus son frère en tête, doivent le plus souvent interpréter ses ordres que les suivre. Nous sommes nous-même notre pire ennemi ou notre meilleur allié semble découvrir Flèche Noire aux côtés de ses camarades prisonniers. Des prisonniers torturés en groupe ou individuellement, physiquement ou mentalement par un mystérieux geôlier au cœur de cette prison perdue entre les dimensions. La reconstruction réussie de Flèche Noire va se faire en miroir de celle des autres prisonniers en particulier de l’Homme-absorbant, Carl « Crusher » Creel, un super-vilain un peu oublié qui possède un pouvoir très puissant. Celui de métaboliser n’importe quelle matière y compris l’adamantium ou le métal asgardien « uru » dont est fait Mjollnir, le marteau de Thor. Les auteurs font de Creel un être complexe, bien plus profond que ses incarnations précédentes et le sorte de son étiquette de simple super-vilain. Et ce tandem improbable portera l’œuvre pour en faire ce succès.

L’autre bonne idée des auteurs sur ce titre est d’avoir construit le récit comme une prison, où l’introspection du personnage se fait en parallèle de l’exploration de celle-ci. Ahmed Saladin, écrivain de science-fiction récemment arrivé chez Marvel, propose une aventure intérieure, une manière de déconstruire et reconstruire le personnage en lui retirant son environnement, ses proches, ses pouvoirs et ce qui faisait sa personnalité au cœur d’une prison qui agit sur le corps & l’esprit. Pour la première fois, ou presque, le roi de la nuit pourra parler, se confier et échanger avec d’autres personnes sans provoquer de catastrophe. Dans une veine proche du Hawkeye par Matt Fraction & David Aja ou de Vision par Tom King & Gabriel Hernandez Walta, les auteurs redéfinissent le personnage de l’intérieur et le rendent passionnant en exploitant les failles & les forces de “l’homme” plus que du sur-homme. Ce récit appartient à cette nouvelle famille de comics qui revisitent avec brio les héros moins connus avec un ton très personnel et une approche plus intimiste.

Un arc qui raconte à la fois beaucoup et peu de choses sur le héros en noir, qui en dit plus long sur lui par des chemins détournés que plusieurs décennies d’histoires. Les auteurs innovent aussi sur la représentation de la prison et de la culpabilité, en sortant de la vision manichéenne et habituelle. Les frontières s’effacent entre super-héros et super-vilains, on aborde l’enfermement du côté du prisonnier et non du geôlier comme c’est l’usage et ils mettent le doigt sur la violence et la déshumanisation du système carcéral à travers le destin de Flèche Noire que son frère y a piégé.

Le travail de Christian Ward donne corps à ce récit hors du temps avec des très belles pages qui mettent en scène le côté sombre, torturé et labyrinthique de la prison. La mise en scène et le découpage appuient cette immersion avec des cases éclatées, décalées, répétitives, noires… en face de compositions très pop aux couleurs flashy qui détonnent dans l’atmosphère dépressive de la prison. Il y a un beau travail sur les personnages et l’anatomie en vis-à-vis des décors et de l’ambiance, car le dessinateur garde à l’esprit que ce personnage communique beaucoup avec son corps et ses expressions, un travail de sous-texte graphique réussi.

Vient de sortir également la série ODY-C avec Matt Fraction chez Glénat où il va encore plus loin dans le côté pop et délirant mais déjà avec Flèche Noire : Le Roi Emprisonné, vous avez un bel aperçu de son talent.

Plusieurs niveaux de lecture pour cette mini-série qui s’apprécie autant pour son récit de super-héros aux prises avec un ennemi invisible servi par un dessin nerveux et pop. Que pour le côté psychologique et refonte du héros et sa mise en scène graphique élaborée. Si vous aimez les comics ou si vous voulez vous y mettre, ce titre est un des plus réussi de ce début d’année.

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Ce qu’il ne fallait pas manquer en Avril 2019

Illustration principale & images extraites de l’album © Ahmed Saladin & Christian Ward, Panini Comics

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