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Errance d’Inio Asano

Double sorties autour d’Asano ce mois-ci. Pour les fans de Bonne nuit Punpun, c’est une très très bonne nouvelle, pour les autres c’est l’occasion de commencer avec deux séries plus faciles d’accès que les précédentes dans son univers un peu à part dans l’univers des mangas. Un one-shot, qui s’accompagne de la réédition augmentée de Solanin, œuvre fondatrice de son travail qui peut se lire comme un « avant » Errance : les personnages se cherchent et décident de ce que va ou peut être leur vie versus le mangaka fatigué qui se demande si ce qu’il fait -et le manga en général- à un sens….
Le jeune couple de Solanin peut être vu comme la préfiguration du couple qui se déchire passivement dans Errance, le jeune Taneda qui rêve d’être illustrateur comme figure de jeunesse d’un Kaoru embourbé dans sa routine de mangaka qui ne crée plus pour le plaisir.

Sans idéaliser ou caricaturer dans Errance, il met en scène le quotidien d’un auteur et de ses assistants qui sans être une star ou un inconnu se démène pour exister, répondre aux sollicitations de son éditeur, rendre ses planches dans les temps, enchainer les séries dans une réalité qui ressemble plus au travail à la chaîne qu’à la création, vue de manière romantique. Une œuvre sur les coulisses de la création donc, mais aussi de la vie d’un auteur à un moment particulier : celui de la panne d’inspiration, la perte de l’envie.

Si les mangas qui parlent de mangas sont nombreux, Bakuman en tête, il y en a peu qui parlent de l’absence, de la dépression ( Journal d’une dépression d’Hideo Azuma ou L’Homme sans talent de Yoshiharu Tsuge évoquaient ces thématiques). Asano livre ici une histoire semi-autobiographique aux sujets & aux réflexions très fortes sur l’utilité de la création et la manière de penser les histoires, qui donne des clefs de compréhension sur toute son œuvre.

Comme ses mangas précédents, il distille une ambiance mélancolique et dessine plusieurs scènes qui mettent très mal à l’aise. Comme à son habitude, il franchit certaines limites pour mettre en scène le malaise et la perte de repères de son personnage, un quadragénaire dont le couple va mal, qui se met à fréquenter de jeunes prostituées.

Le mangaka creuse son approche graphique d’un dessin aguicheur, qui colle aux stéréotypes d’un manga joli, mais superficiel pour embarquer ses lecteurs dans ses histoires crues, glauques et qui prennent aux tripes. Un dessin ultra-réaliste, dans son style où il travaille à partir de photos pour composer ses décors auxquels il ajoute des personnages très travaillés pour un rendu final très esthétique.

Une œuvre réservée à un public très averti : pas tant pour ses scènes de nus que pour la cruauté et la violence qui se dégagent de certains passages. Derrière ce seuil, les lecteurs avertis trouveront un des mangas les plus forts de ces dernières années sur la prise de conscience de la vacuité de l’existence, la création et l’étrangeté du sentiment amoureux non réciproque.

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Errance d’Inio Asano, Kana
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Solanin d’Inio Asano, Kana
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Images extraites de l’album © Inio Asano/Kana

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