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NonNonBâ de Shigeru Mizuki

Alors que je termine mes études et que malgré mes maigres économies je fréquente activement la librairie de mon quartier, celle qui m’offrira mon premier poste de libraire, je tombe sur ce gros livre de plus de 400 pages, un manga étrange qui ne colle avec rien de ce que je connaissais à l’époque. Les éditions Cornelius publient ce chef d’œuvre de Shigeru Mizuki (et entament l’édition de bon nombre de ses mangas par la suite), un nom inconnu à ce moment qui deviendra celui de l’un de mes auteurs favori depuis. Revenons à fin 2006, je suis fasciné par le dessin tout en variation, oscillant sans cesse entre dessin d’observation et caricature ; par ces histoires de monstres et de fantômes qui existent dans les campagnes japonaises. Et je reviens plusieurs jours d’affilée pour le feuilleter. À l’époque impossible de me payer l’ouvrage (au moins le budget de deux semaines de courses. Bon, j’ai craqué au bout de trois jours, et joué les piques assiettes pendant une bonne période pour assumer mes dettes. Encore pardon à mes colocataires de l’époque) mais avec le recul si je n’avais pas lu cet album à ce moment-là je serais passé bien loin de tout un pan du manga adulte. Non seulement NonNonBâ est une œuvre incroyable, bouleversante sur le pouvoir de l’imaginaire, de la fiction sur le réel mais c’est une porte d’entrée royale pour comprendre le Japon et ses codes.

« — En tout cas, ta douleur et ton dépit d’aujourd’hui se changeront petit à petit en force, tu verras. Mais pas tout de suite. Ne te laisse pas décourager par ta faiblesse actuelle, ça ne te mènerait à rien.
– Oui, tu as raison.
-Bon, j’étais surtout venu te dire de prendre ton bain. »

En Résumé : Autobiographie fantasmée, conte initiatique, essai sur la formation de l’imagination, théâtre burlesque,… on pourrait trouver bien des qualificatifs pour tenter de résumer cette œuvre qui enveloppe tout cela. Tout comme la singularité graphique évoquée plus haut, entre réalisme et cartoon ; le récit s’articule entre la chronique sociale et la farce.
Un mot encore sur les yôkaï , Mizuki a vraiment été l’artisan de leur renaissance au Japon entre ses encyclopédies et sa série Kitarô (devenue un dessin animé connu de tous les japonais). Décédé l’an dernier, il était le président de la « Sekai Yôkai Kyôkai » (l’Association Mondiale pour les Yôkai) et a laissé une très belle autobiographie sur son travail de mangaka Une vie dans les marges que je vous conseille très fortement.
NonNonBâ a reçu le Fauve d’or, prix du meilleur album en 2007 au festival d’Angoulême, seul manga à ce jour à avoir obtenu cette distinction. Alors ouvrez les portes de votre bibliothèque et laissez entrer les yokaï.

« Dieux qui n’existez pas… Merci ! »

NonNonBâ de Shigeru Mizuki, édition Cornelius, 2006
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À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album © Shigeru Mizuki/Cornelius

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