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Asterios Polyp de David Mazzucchelli

“C’était une sensation étrange…comme quand on cherche son reflet dans le miroir.”

Commencer une chronique avec Batman pour vous parler d’un roman graphique intimiste et d’une poésie visuelle folle, c’est possible ? Challenge Accepted ! Quand on est fan de Batman, on ne fait pas les choses à moitié. Parce que Batman est comme ça, d’un bloc. Pas d’Oracle pour nous filer un coup de main ici, on doit tout vérifier pour ne pas passer à côté des bonnes histoires dans la jungle des publications DC. Et il y a un auteur que j’ai adoré David Mazzucchelli, qui a dessiné le légendaire Batman: Year One sur un scénario de Frank Miller ainsi que certains des meilleurs épisodes de Daredevil avec ce même Miller. Et puis tel le phénix il a quitté l’univers des super-héros en plein élan pour réapparaitre quelques années plus tard avec des romans graphiques incroyables. On passe de l’un des dessinateurs de comics les plus en vue, avec un dessin percutant et plein de promesses à un auteur complet capable de réinventer son style et sa narration en quelques albums.

Il démarre avec des albums expérimentaux Big Man, Géométrie de L’obsession, la Soif qu’il entame dans sa revue Rubber Blanket. Puis l’étonnante adaptation d’un roman de Paul Auster Cité de verre sous le patronage de Paul Karasik et Art Spiegelman qui dirige la collection où ce livre va prendre place. Le pari est ambitieux, le dessin traduit des concepts et la difficulté de dire le langage. Son dessin devient plus iconographique et épuré (vous me voyez venir avec les extraits de planches d’ Asterios Polyp), enfin il attaque son dernier en date et masterpiece, Asterios Polyp qu’il mettra une quinzaine d’années à écrire et dessiner. S’inscrivant dans la tradition des auteurs qui parlent de leur art en gardant le cap d’une histoire intense et prenante, David Mazzucchelli lie forme et fond à un point où chaque personnage a ses structures graphiques propres, où l’émotion et la voix des protagonistes s’incarnent visuellement et où la difficulté de communiquer avec l’autre est un point de rupture qui devient tangible dans cet album.

« Et si les choses s’étaient passées autrement ? Mystère. Si c’est lui qui avait survécu, est-ce que sa vie aurait suivi le même chemin que la mienne ? Est-ce que c’est sa vie que je vis ? »

Pour le pitch, un homme au sommet de sa gloire, grand artiste sans œuvre doit quitter son luxueux appartement en flamme et fini à la rue. Il prend un billet de bus au hasard et refait sa vie comme mécano dans une ville paumée du midwest, un retour aux sources de ce qui est vraiment important. Une nouvelle vie pleine de réflexions et de flash-back sur sa vie d’avant qui paraît parfois creuse malgré le succès et la reconnaissance qu’il pouvait avoir.

Plus de 340 pages de réflexions sensibles sur notre quotidien à travers le destin de cet Ulysse moderne doublées d’un travail graphique incroyable. L’auteur a supervisé la fabrication de l’album qui est un objet esthétique pour compléter cette réflexion de sens sur la forme.

Asterios Polyp de David Mazzucchelli, édition Casterman, 2010
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À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album ©David Mazzucchelli/ Casterman

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