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Gen d’Hiroshima de Keiji Nakazawa

Œuvre documentée sur le drame d’Hiroshima et de l’impact des bombes nucléaires américaines sur le Japon, souvent comparée à Maus d’Art Spiegelman pour sa portée historique et inédite en termes de témoignage. Keiji Nakazawa a dessiné une première histoire autobiographique (Ore ha Mita : Je l’ai vu) avant que son éditeur lui propose de passer le titre en série. Un témoignage originel reprit dans son livre J’avais six ans à Hiroshima, le 6 août 1945, 8h15 (disponible au Cherche Midi). 

Sa série Gen va présenter un panorama plus complet de ce drame sur les traces de gamins survivants dans les décombres. On découvrira à travers leur regard, l’horreur de la guerre, la misère et la difficulté des Japonais à se sortir de ces crises combattues par le gouvernement à coups de transition brutale qui touche les couches populaires. Au fil des chapitres, Gen et ses amis auront un aperçu terrible de l’armée japonaise impérialiste d’avant-guerre, la conscription, les kamikazes, les bombes, les irradiés, les maladies…

Et comme si cela ne suffisait pas, ils subiront aussi la présence des forces armées américaines sur leur territoire, entre domination militaire, économique et culturelle. La série raconte le sacrifice d’une génération pour l’avenir d’un pays qui deviendra l’une des puissances économique et technologique mondiales suite à ce bouleversement. 

Une œuvre dure et touchante, que l’on pourrait rapprocher du Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata (studio Ghibli) peut-être plus connu ici. Un point de départ puisque la série va plus loin, explorant ce Japon en pleine reconstruction entre misère, suicide, racisme, prise de pouvoir des Yakuza… Il ne reste que Gen, à la fois témoin et mascotte de l’espoir dans ce territoire en souffrance. Une œuvre qui a subi bon nombre d’arrêts durant sa publication, quittant le Shonen Jump passant de magazine en magazine à cause de sa portée politique. Un shonen qui se tourne vers le gekiga et le manga adulte au fil de ces épisodes irréguliers. Toutes ses interruptions et des soucis de santé ne donneront pas à l’auteur l’occasion de donner une suite à son œuvre.

« C’était une explosion de milliers de flashes »

Le trait de rond et cartoonesque de Keiji Nakazawa atténue la violence des images et des visions terribles mises en scène dans le livre. Certaines planches illustrent l’horreur dans des compositions baroques plus proches des tableaux de Jérôme Bosch que du manga des années 1970. Dans la tradition d’un système graphique popularisé par Osamu Tezuka, le dessinateur mélange un dessin très réaliste et éléments exagérés pour atténuer la violence des images. La composition et le découpage suivent cette dynamique alternée, entre pleines pages marquantes et planches aux scènes plus rapides. 

Œuvre de référence au Japon, c’est l’un des rares documents qui aborde autant de thématiques liées à cette période trouble. Une œuvre de mémoire, qui utilise la fiction pour donner accès à un travail documentaire. Une série émouvante, difficile à lire en raison des sujets abordés qui pourtant méritent d’être plus connus et reconnus aujourd’hui en regard de l’actualité.

Images extraites de l’album ©Keiji Nakazawa/Vertige graphic

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