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Les idées noires de Franquin

Gaston fête ses soixante ans cette année. Une grande expo, Gaston, au-delà de Lagaffe, se termine la semaine prochaine au Centre Pompidou assortie d’un catalogue plutôt sympa, après une plus modeste qui a été présenté au Festival d’Angoulême. Mais Franquin est également à l’honneur avec la parution d’un hors-série de Fluide Glacial sur Les Idées noires soulignant les nombreuses facettes de l’un des dessinateurs les plus populaires de l’histoire de la bande dessinée. Les Idées noires, cet incroyable recueil d’humour et de réflexion reste l’un de mes livres de chevet depuis si longtemps qu’il était important, pour ne pas dire vital, de vous en parler si vous étiez, d’aventure, passé à côté.

Après son passage éclatant sur Spirou dont il crée toute la mythologie et les personnages secondaires et ses premiers Gaston, il propose une série de onze strips pour le supplément « pirate » du Journal de Spirou : le Trombone illustré. Ce fascicule, offert aux acheteurs du journal, propose une bande dessinée et du rédactionnel plus adulte et politique que ce qui se passe dans le très familial Spirou. Yvan Delporte et André Franquin rassemblent une équipe de nouveaux dessinateurs et explorent de nouvelles pistes : Tribunes féministes, strips caustiques sur les chasseurs, les militaires, les curés, … Trente et un numéros seront distribués avant que la direction ne mette fin à cette équipée sauvage mais Gotlib (lui-même collaborateur de la mini-revue) fasciné par Les Idées noires proposera à Franquin de continuer dans son nouveau journal, Fluide Glacial. Mieux, il recompose un de ses strips pour en faire une planche (la fameuse page avec les loups) et ce fut une suite de gags mémorables, incroyablement drôles et macabres.

« -Aaah ?! On ne s’évade pas de Backwards Rocks ?!!
Et ÇA c’est pour qui, hhmm ? Salauds !
Vieux gars. T’es reparti pour une nouvelle vie, ouais !!
-…
-Aaah ?! On ne s’évade pas de Backwards Rocks ?!!
Et ÇA c’est pour qui, hhmm ? Salauds !
Vieux gars. T’es reparti pour une nouvelle vie, ouais !!
-…
-Aaah ?! On ne s’évade pas de Backwards Rocks ?!! »

Son style à fait école au point qu’il est considéré comme le dessinateur européen ayant le plus influencé ses pairs. Franquin impressionne par sa maitrise du mouvement, sa créativité pour tout ce qui touche au design et à la mécanique, son talent pour la caricature,… bref, un génie du dessin. Après une carrière accomplie, il expérimente encore et change de style avec ses Idées noires. Une nouvelle fois, Franquin s’affirme comme un créateur hors du commun et simplifie son trait pour ces strips cruels et acides.

Une mise en scène sombre de la stupidité humaine, en miroir de Gaston qui incarnait la bêtise sympathique, Franquin s’attaque aux grandes questions politiques du moment et les imprime sur la rétine de ses lecteurs grâce à ses gags parfaits. Il paraît que l’humour aide la mémoire à fixer les informations, avec les Idées noires Franquin a durablement gravé son dégout de l’armée et de la bigoterie, de la chasse et de la corrida, du nucléaire et de la pollution, des idiots en tous genres,… et nous ne pouvons qu’être d’accord avec lui. Ces idées noires n’en sont que plus lumineuses.

« C’était un rêve. Le cauchemar, c’est quand on s’éveille… »

Les idées noires d’André Franquin, éditions Fluide Glacial, 2001
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N’hésitez pas à partager vos coups de coeur sur le groupe ou à me poser des questions sur Twitter si vous voulez en savoir plus.
À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album © Franquin / Fluide Glacial

1 commentaire

  • thomasbubble

    […] Que dire sur l’un des personnages de fiction les plus aimés ? L’homme au pull-over vert maladroit et sensible, amoureux de la nature et des bêtes, curieux et rêveur est devenu en quelques planches le plus beau personnage de la bande dessinée. Car il est proche de nous, il est celui qui nous parle le plus : à la différence de beaucoup de personnages Gaston est humain. Ce n’est pas un héros sans failles, au contraire il a ses faiblesses, ses défauts, mais n’essaie pas de les cacher. Ce n’est pas un meneur, mais il s’engage pour les autres, pour la planète. Ce n’est pas un champion, mais ses actes font preuve d’empathie et d’attention au monde que tous les exploits ne peuvent acheter. Gaston a gardé son âme d’enfant et ne fait pas de concessions à la société normée. Les gags tournent quasiment tous autour de cette question : le travail, le paraître, les règles, les contrats (point d’orgue de cette résistance passive) ou les lois (pensez à ces pauvres parcmètres)… On rit beaucoup, réfléchis autant, en lisant ces gags pas si loufoques. Ce personnage nous parle du monde qui nous entoure avec un regard naïf et rêveur qui met tout de suite en lumière les défauts et illusions de notre société. Ses collègues, patrons et amis ne le comprennent jamais vraiment, car ils essayent de leur côté de s’intégrer, de bien faire au sens sociétal/de la norme. Mademoiselle Jeanne est probablement la seule dans ces planches qui a vu toute la richesse et la grandeur du héros sans emploi. Le dessin incroyable de Franquin y est aussi pour beaucoup dans notre attachement viscéral à cette série. On vous en a déjà parlé ici. […]

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