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Cassandra Darke de Posy Simmonds

Nouvel album pour la dessinatrice anglaise, nouvel univers avec ce polar très urbain & moderne : entre nouvelles technologies, faussaires et réseaux sociaux versus ses deux précédents livres qui se passaient à la campagne et semblaient un peu hors du temps. Mais comme eux, il est inspiré d’une grande œuvre de la littérature européenne, Cassandra Darke est hantée par le personnage de Scrooge dans Un Chant de Noël de Charles Dickens (il était déjà le modèle de Picsou : Uncle Scrooge (Lire l’incontournable) en version originale). Gemma Bovery était autour du texte de Flaubert, Tamara Drewe inspirée du roman de Thomas Hardy, Loin de la foule déchaînée. On précise que les œuvres de Posy Simmonds ne sont pas des adaptations de romans, elle utilise les archétypes et des thèmes abordés pour ses romans graphiques. Son écriture est un mélange de texte et de dessin qui se rapproche des livres jeunesse dans la manière de mettre en scène, mais ce serait un format de livres pour adultes, albums intrigants et mordants sous leurs dehors doux et colorés. Elle-même s’amuse à les qualifier de « romans illustrés ». Un album qui donne à voir plusieurs tableaux, des rues de Londres sous la neige aux intérieurs bourgeois avec un choix de cadrages, de couleurs & d’inserts qui installent ce livre conte.

À travers ce personnage de vieille dame pingre, misanthrope et acariâtre, l’autrice met en scène un aperçu de la société londonienne et s’intéresse en creux aux démunis, aux nécessiteux et au fossé entre les riches et les pauvres. En contrepoint de la riche et méchante Cassandra, débarque sa nièce Nicki qui incarnera son opposé : une jeune femme pleine d’idées qui veut faire quelque chose pour aider les plus démunis alors que sa tante veut juste protéger ses acquis. Une relation houleuse qui permettra à la dessinatrice de mettre le doigt sur plusieurs sujets à la fois intemporels et d’actualités à travers ces deux destins de femmes qui aspirent à être libres à leurs manières. Et en abordant des thèmes forts comme le harcèlement, les « violences ordinaires » ou encore le mouvement #MeToo.

Plusieurs parallèles s’installent et participent dans ce polar joyeux, la comédie & la tragédie font souvent bon ménage quand il s’agit de parler de liberté et de donner un point de vue piquant sur l’époque à travers des traits sociologiques ou d’observation.

Le fossé entre les générations sert de miroir entre les deux femmes, mais également les rapprochements entre les escrocs de l’art et les escrocs de la rue. Deux mondes qui ont plus de choses en commun qu’on ne le pense que les destins des deux héroïnes vont mettre en lumière.

Les illustrations et dessins sont à la plume ou au crayon puis repassés aux crayons, feutres et encres de couleur qui leur donnent leur style pastel et si iconique. Un trait léger qui n’est pas tout à fait de la caricature ou du dessin de presse, mais qui ne s’en éloigne jamais pour croquer les personnages. On en parlait plus haut, c’est surtout la mise en scène de son rapport très personnel au texte et à l’image qui donnent une saveur toute particulière à ces bandes dessinées. Un découpage très libre où des paragraphes de textes côtoient des vignettes ou des strips. Des pleines pages, vignettes, fausses unes de journaux, illustrations vieillies… La narration diffère des bandes dessinées habituelles et sa technique lui permet de raconter une histoire très dense en peu de pages, en jouant sur les accélérations, les ellipses et les temps forts.

Ce nouveau livre est sorti accompagné d’un catalogue So British !: L’art de Posy Simmonds de Paul Gravett (on vous avait déjà parlé de son précédent livre sur la bande dessinée asiatique) chez le même éditeur. Un bel objet composé d’illustrations, de strips, d’histoires courtes et d’essai du spécialiste qui nous fait découvrir les différentes facettes du talent de cette autrice très influente au Royaume-Uni. Certaines des planches qui composent ce livre, ont été présentées en avril dernier dans le cadre d’une exposition à la Ferme du Buisson pour le Pulp festival. Sont disponibles aussi en français, certains de ses livres jeunesse comme Le chat du boulanger ou La fabuleuse vie secrète de Fred qui gardent cet esprit impertinent et malicieux, mais adaptés à tous les publics.

À voir si ce troisième album de bande dessinée très réussi fera l’objet d’une adaptation cinéma comme les deux premiers. Une fois n’est pas coutume, on vous conseille de commencer par celui-ci avant de lire les 2 autres.

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Ce qu’il ne fallait pas manquer en Avril 2019

Illustration principale & images extraites de l’album
© Posy Simmonds, Denoël Graphic

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