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Wet Moon d’Atsushi Kaneko

En ce moment, difficile de trouver de bons mangas adultes, de bonnes histoires qui vont passer l’épreuve des premiers volumes intrigants qui deviennent un peu fades par la suite. Mais avec Soil puis Wet Moon je n’ai pas été déçu.

Polar balnéaire au cœur d’un complot inquiétant, Atsushi Kaneko propose une nouvelle approche de la corruption et de l’obsession amoureuse. Véritable ovni, cette trilogie policière et fantastique s’est révélée être l’une des meilleures surprises de ces dernières années. Après le déjanté et improvisé Bambi et le très beau et angoissant Soil, Wet Moon est une pépite qui mérite plusieurs relectures.

Le mangaka fait partie de cette nouvelle génération de dessinateurs qui travaillent seuls, sans assistants, pour garder ce qui fait la force de leur style et celui d’Atsushi Kaneko est assez particulier au Japon, plus proche d’auteurs de comics comme Charles Burns ou Paul Pope. Cette liberté se ressent également dans le ton et l’approche de la narration avec des thèmes et des ambiances atypiques. Chassant sur les terres de David Lynch, l’auteur qui avoue avoir le rêve de devenir réalisateur dans plusieurs interviews, établie une rythmique et une manière de raconter qui passe du banal à l’étrange et de l’intime à la conspiration mondiale. Plus que des clins d’œil, certaines scènes font référence à des films célèbres et donnent aux lecteurs plusieurs clefs de compréhension.

« — C’est l’assassin de la Geisha !!! Je vais comparer ses empruntes avec celles qu’on a relevées…
– Mais qu’est-ce que tu nous chantes ?
– Hm ?
– ON A DÉJÀ BOUCLÉ LE MEURTRIER.
– …Pardon ? »

Un trait noir, dur, plus près du comics que des codes habituels du manga sont la marque de fabrique de cet auteur qui revendique son inspiration des pochettes de disque punk et de rock progressif. Il use des aplats de noirs et des motifs géométriques pour mettre en place ses atmosphères étranges et le malaise des personnages ; une technique que complète un découpage plein de plans rapprochés et de cadrages sur des détails, des parties du corps, des objets insolites. L’invention et la nouveauté de l’auteur se retrouvent dans ses compositions baroques à l’esthétique pop, où le lettrage et les inserts donnent du relief à l’ensemble.

Casterman, qui édite également sa nouvelle série Deathco (les précédentes étaient chez d’autres éditeurs IMHO pour Bambi et Ankama pour Soil ) à particulièrement soigné l’objet et c’est un vrai plus pour plonger complètement dans cet univers à part.

Je n’ai pas attaqué Deathco, le volume quatre est sorti en février de cette année, attendons encore un peu, mais Wet Moon est pour le moment le manga à lire. Et forcement à relire pour tout saisir des détails cachés, des dialogues à double tranchant et aller plus loin dans cette invitation à questionner ce que l’on nous présente comme la réalité. Plus que David Lynch, c’est vers le travail de Terry Gilliam qu’il y aurait une belle comparaison à chercher. Rappelez-vous que les 12 singes ne sont pas ce qu’ils prétendent être.

« Allez sur la lune, c’est un outrage à l’œuvre de Dieu»

Wet Moon d’Atsushi Kaneko, éditions Casterman, 2012
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À très bientôt !
Thomas

Images extraites de l’album ©Atsushi Kaneko/ Casterman

1 commentaire

  • thomasbubble

    […] courtes signées par Atsushi Kaneko. Nous avions parlé en détail de son chef d’œuvre Wet Moon, ici, un peu moins de Soil qui était aussi une grande réussite, mais cette fois ce sont des […]

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